Bénédiction Urbi et Bali (1ère partie)

Selamat Pagi,

 

Pour faire référence à mon précédent billet : chaque construction à Bali possède son propre temple (mais, si souvenez-vous, d’ailleurs le surnom de Bali est… est ?… « l’île préférée des Dieux » ! Bravo et merci à ceux qui ont lu l’article précédent et qui donc avaient la réponse ! Pour les autres, vous pouvez toujours cliquer sur ce lien et revenez-ici après…).

 

Et notre hôtel n’est pas en reste, puisqu’il possède aussi son petit « Pura » (temple) !

L’île étant d’origine volcanique, la plupart des constructions sont en pierres noires, bien noires bien-bien noires.

Certes, il est vrai que certains sont en pierres blanches, mais c’est parce qu’elles sont importées d’autres îles (oui, c’est un peu triché, mais c’est une façon de montrer qu’on a de l’argent).

Mais ce qui va ajouter de la couleur et donner vie à l’ensemble, ce sont les tissus qui les entourent, les ombrelles et les fleurs qui y sont quotidiennement déposées, avec l’encens dont la fumée s’échappe en danse lancinante au-dessus des offrandes.

 

Et qui dit temple, dit bénédiction !

Qui dit bénédiction dit eau bénite, qui dit eau bénite dit lieux et temples sacrés, encore plus sacrés que les temples sacrés traditionnels (oui, y’a une sacrée hiérarchie dans le sacré à Bali…).

Et ces fameux temples sont situés dans le nord d’île, dans la ville de Singaraja.

 

Et pour tout faire dans la journée (c’est pas tout ça, mais c’est quand même du boulot !), je me suis donc levé à 5 heures du matin pour retrouver l’équipe et surtout m’habiller en vêtements de cérémonie : un « sarong » (un peu comme un paréo, mais en plus épais, donc qui se porte donc autour de la taille et cache les jambes), une chemise blanche (ou me concernant un t-shirt…), un « udang » autour de la tête (une sorte de bandana) et enfin un « sabuk » (une ceinture en tissus)… 20 minutes plus tard (on met forcément toujours un truc à l’envers quand on découvre des vêtements traditionnels), force est de constater que j’avais bien la classe dans cette tenue là !

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Enfin, je pense, car chaque membre de l’équipe voulait prendre une photo avec moi.

La route qui mène aux temples est superbe, avec des paysages de montagnes, des rizières en terrasse, des petits villages et des mobylettes partout !

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On quitte donc la partie la plus touristique de Bali, à la découverte d’une autre facette de l’île, beaucoup plus authentique.

Bon pour être honnête, j’ai un peu raté le début car je m’étais endormi (pour rappel : lever à 5 heures tout de même), mais vite réveillé à cause des nombreux coups de volants à droite et à gauche que donnait le conducteur… Il faut dire que le centre de Bali est très montagneux, donc les routes très sinueuses, sans compter les réguliers coups de klaxon pour signaler notre présence !

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Enfin bref : 87 kilomètres plus tard, soit 2h30 de route (et des grosses poussières volcaniques), nous voilà arrivé au premier temple : le Pura Pulaki.

Le temple, construit au pied d’une colline, fait face à la mer et est entouré de jungle derrière. Dédié aux Singes, il commémore l’arrivée du Grand Prêtre javanais Danghyang Nirartha au 16ème siècle. Les macaques, considérés comme sacrés étaient alors nourris par les pèlerins de passage. La légende dit que lorsque Nirartha entra dans la forêt de Pulaki, il fut escorté par une troupe de singes. Et c’est donc en respect pour eux qu’il fit construire le temple, dont les macaques devinrent les gardiens (macaques un poil agressifs, alors qu’ils bénéficient d’offrandes quotidiennes les ingrats…).

 

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Le Pura Pulaki est situé au centre d’un vaste complexe de temples appelé « Pesanakan », avec les temples de :

          – Pemuteran, situé à 1 km à l’ouest (célèbre pour ses sources d’eau chaudes)

          – Kerta Kawat, situé à 2 kms au sud ouest,

          – Pabean, situé à 400 mètres au nord est.

 

Une fois entrée dans l’enceinte du temple, nous sommes accueillis par le prêtre (et effectivement des dizaines de singes un peu partout) et sommes invités à nous assoir : on se déchausse et on s’assoit en tailleur, les pieds croisés en prenant soin de ne pas les diriger vers quelqu’un (c’est impoli et un manque flagrant de respect) et le dos bien droit. En d’autres termes : je suis super à l’aise ! En plus le sarong tire sur les pieds et les jambes… la posture est parfaite !

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Le rituel peut alors commencer et me voici projeté dans une autre dimension… Le prêtre fait tinter une petite clochette et récite des mantras de bénédiction. Chacun à son tour, on allume des bâtons d’encens qu’on plante dans le sol face à soi et à côté du petit panier rempli de fleurs pour les offrandes.

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Puis les mains jointes vers le ciel au-dessus de la tête, enserrant à chaque fois une fleur différente entre index et majeur, on invoque les divinités pour nous apporter la réussite, la joie, le bonheur, la prospérité et tout ce qui va bien, puis on dépose la fleur à son oreille (et non pas “la fleur aux dents”, comme le chantait Joe Dassin) à la fin du rituel. Vu qu’on le répète 3 fois, autant dire qu’à la fin, les oreilles sont chargées de fleurs.

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Puis une fois les offrandes des fleurs faites, le prêtre s’approche de chaque personne présente.

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On joint alors les mains pour former une coupe, car par 3 fois il va venir verser de l’eau bénite dans les mains pour la boire. Puis il en verse une 4ème fois, mais au lieu de la porter à sa bouche, c’est pour que l’on s’asperge la tête et se purifier l’esprit et l’âme.

Enfin, il dépose dans la main droite du riz trempé, riz que l’on viendra se coller sur le front, les oreilles, la gorge ou encore au niveau des tempes (selon l’humeur).

Si je n’ai pas tout compris à tout ce qui s’est passé, le recueillement et la dévotion des Balinais durant la cérémonie témoigne à quel point la religion est centrale dans l’organisation de leur vie quotidienne.

 

Mais le plus dur n’est pas de comprendre le rituel, c’est surtout de se relever et de se remettre à marcher après être resté assis en tailleur pendant 20 minutes (c’est quand même extraordinaire d’être aussi peu souple…) !

Enfin, on laisse les offrandes (et un peu d’argent) et on repart avec un bidon d’eau sacrée et bénite, en laissant les singes courir dans le temple…

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Le 2ème temple est le Kherta Kawat.

Il n’est pas dédié à un animal particulier (à part des chats venus se régaler des offrandes), mais il est aussi hautement symbolique, et le rituel est exactement le même : c’est donc reparti pour un « tour de récitation de mantras – bénédictions de fleurs qu’on dépose sur l’oreille – boisson d’eau bénite – et collages de grain de riz ».

 

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Enfin, le 3ème temple, niché contre une montagne est le Melanting ; connu comme le Pura Pasar Agung (le temple du grand marché) et superbement construit, il dédié aux Tigres et aux Dragons. Un long escalier bordé d’arbres fleuris et odorant mène à l’enceinte du temple… A l’entrée, on découvre une statue de dragon qui porte sur son dos une fleur de lotus. Il “représente le chemin de la déesse protectrice du temple, une fille de Niartha qui connut ici l’illumination et détient les clés de l’invisible”.

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Et c’est reparti pour un dernier « tour de récitation de mantras – bénédictions de fleurs qu’on dépose sur l’oreille – boisson d’eau bénite – et collages de grain de riz ».

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A l’abri du soleil sous la canopée, au tintement de la clochette qui accompagne les prières lancinantes du célébrant, s’ajoutent les notes cristallines de l’eau de source qui coule dans le bassin à côté, ainsi que le doux bruissement du vent dans les arbres et les chants d’oiseaux nichés sur leurs branches. Le tout s’organise en une douce symphonie qui invite autant à la méditation qu’à la relaxation.

 

 

Dans chacun des temples, on retrouve les mêmes caractéristiques : au dessus des portes se trouvent des visages de démons, typiques de la mythologie hindoue, véritables gardiens des temples : les « Boma ».

A l’intérieur des temples 3 couleurs dominent, symboles de la trinité indoue :

  • Le Rouge, qui représente Brahma, le Dieu créateur de l’univers
  • le Noir, qui symbolise Vishnou, le Dieu gardien, celui qui maintient et protège l’univers
  • Le Blanc, qui est la couleur de Shiva, le Dieu destructeur du monde mais visiblement aussi de la recréation et de la fertilité.

On trouve aussi du Jaune, pour symboliser le Dieu Iswara (qui aurait donné naissance à Vishnou, selon la mythologie… mais à ce niveau là, je suis un peu perdu dans leurs Dieux et leurs rôles).

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Un des principaux tissus décoratif que l’on retrouve vraiment partout, c’est le « Poleng » : un tissu en damier noir et blanc imbriqués. Il est utilisé pour entourer des arbres, des autels, des temples et plein d’autres choses. Ce motif symbolise le fait que dans la vie, le bien et le mal, le faste et le néfaste sont imbriqués. Et donc pour que pour règne l’harmonie, il est important de maintenir un équilibre entre les 2 forces.

Enfin, on trouve aussi beaucoup d’ombrelles dont la couleur est juste leblanc décorative.

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Y’a pas a dire : c’est joli, mais ça t’étonne les ombrelles dans un temple…

 

Aux abords du Melanting, on cultive aussi de la vigne. Les pieds de vigne, bien alignés sous les palmiers et bananiers et bénéficiant d’un air plus sec, supportent de beaux raisins pourpres, gorgés de soleil, et prêts à être vendangés pour être transformés en vin !

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Si les premiers pieds de vigne ont été importés à Bali par les Portugais au 16ème siècle, ce n’est que depuis 1994 que l’on y produit du vin local. Le domaine de 14 hectares appartient à Rai Budiarsa qui, aidé par un vigneron français (Vincent Desplat), a transformé la fabrique familiale d’alcool de riz, en production viticole, les vins “Hatten”.

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Le dur labeur du vendangeur sous le soleil balinais…

 

On produit donc du vin rouge, rosé et blanc sur Bali, mais aussi du vin mousseux (en respectant la méthode champenoise…) et même un très bon pineau (respectant la méthode charentaise, appelé ici le “Pino de Bali”) !

Comme quoi, le vin est bien le nectar des Dieux…

Et vu que ce n’est pas un produit importé (vu que tout est produit sur place), le prix du vin est particulièrement raisonnable…

Parce qu’en Indonésie, l’alcool importé est sur-taxé (et comme on est limité à 1 bouteille par personne à l’arrivée, ça limite un peu…), ce qui fait que le prix d’une bouteille de vin à lui seul peut tripler le prix d’un bon repas (boire un vin de qualité importé est un vrai luxe ici…) !

D’autres marques de vin (Artisan, Plaga) se sont développées, en important du moud de raisin depuis l’Australie ou l’Amérique du Sud, puis en assurant la fermentation alcoolique sur Bali (quand les levures Saccharomyces cerevisiae ou Saccharomyces bayanus,selon qu’on veuille produire du vin ou du mousseux, se mettent au travail pour transformer le sucre en alcool).

 

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La bonne nouvelle, c’est qu’il faut faire ce pèlerinage des eaux bénites tous les ans et de la même façon, et en respectant le sens de ce « cercle » vertueux que constitue la visite des 3 temples, pour s’assurer un business prospère.

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Ne vous méprenez pas, la croix gammée est le symbole du soleil chez les hindous…

 

Puis la route reprend, déroulant ses paysages surprenants de cultures en terrasse, d’enfant en uniformes qui sortent de l’école pour prendre les minibus et rentrer dans leurs villages et sur certains terrains non cultives les plus jeunes se retrouvent pour jouer au football, pieds nus, avec des délimitations de terrain improvisées.

Des rizières, aux variations de verts impressionnantes, sortent de temps à autres des silhouettes courbées recouvertes d’un chapeau conique et visiblement occupées à piquer le riz. Puis d’un chemin de terre en bord de rizière, les femmes chargées de sacs de riz sur la tête, rejoignent la route principale et déambulent pieds nus sur le bitume (bien chauffé par le soleil tropical), afin de les porter jusqu’au village.

 

Par endroit, la route est rétrécie à une seule voie, car sur l’autre côté, le riz ramassé est entrain de sécher sur des toiles étendues à même le sol. Ceci rend donc un peu difficile le dépassement des lents camions lourdement chargés de fruits et légumes, mais aussi des paysans revenant des champs.

 

Et tant qu’à visiter les temples, autant en ajouter un autre, même s’il n’est pas lié au pèlerinage des eaux sacrées… En tous cas, il est sur toutes les cartes postales de Bali : le Pura Ulun Danu Beratan, situé en bord du lac Beratan, à 1200 mètres d’altitude.

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Il fut construit en 1663, pour célébrer la déesse des eaux, des rivières et des lacs, Dewi Danu, le lac étant alors une source importante pour irriguer les plantations plus en aval au sud ouest. Le temple indouiste a été construit par le clan des  forgerons (les “pande”), clan responsable de la fabrication de la dague magique (la puissante “kriss”) des guerriers et des rois. Dans la structure hiérarchique balinaise, ils occupent une place particulière, à l’écart des castes traditionnelles (encore un héritage des indiens) car ils sont considérés comme ayant une maitrise “surnaturelle” du feu et des métaux.

 

Un énorme banyan – en Asie du Sud-Est il est le symbole de la joie, la prospérité, la longévité et de la chance – abrite un stupa bouddhique (érigé dans les années 50, par des dissidents de pande de Singaraja convertis au bouddhisme) et de nombreuses plantations en bord du lac et un « Meru » (sanctuaire hindou aux toits de chaumes) de 11 niveaux, confèrent au lieu une majesté certaine.

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O stupeur, un stupa !

 

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Le Banyan, l’arbre sous lequel Siddhartha Gautama est entré en méditation et devenu Bouddha (c’est à dire l’Éveillé)

 

C’est d’autant plus beau quand le Meru se reflète dans l’eau et que les montagnes autour du lac retiennent la brume.

Concernant le Meru (prononcez « mérou »), plus il y a de niveaux, plus la divinité qui y est célébrée est importante. Les fondations sont en générale importantes, car la structure peut être fragile et il faut bien sur éviter que le Meru pète (ça vole haut les vannes…) !

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Trop de méditation, je lévite !

 

Histoire de faire coïncider cela avec des dates symboliques balinaises, nous avons été collecter les eaux sacrées a la veille de Galungan.

Galungan est une fête qui dure 3 jours et qui célèbre la victoire du bien « Dharma » contre le mal « Adharma », et la création de l’univers. C’est aussi l’occasion de de faire une grosse cérémonie dans le temple familial, car c’est le moment durant lequel les esprits des ancêtres viennent rendre visite à leur famille.

10 jours après Galungan, c’est reparti pour 2 jours de cérémonies à l’ occasion de Kuningan, qui est la fête de la purification. C’est le jour où les esprits des ancêtres venus rendre visite à la famille quittent le temple de la maison (et oui, les bonnes choses ont une fin).

Les dates varient d’une année sur l’autre car le calendrier balinais compte 25 jours par mois.

En revanche, ces 2 fêtes sont célébrées tous les 6 mois… quitte à avoir la visite des esprits des ancêtres, autant faire ça régulièrement : les fêtes de famille, c’est quand même sympa !

A propos de calendrier, les Balinais utilisent deux calendriers traditionnels : Le principal, le « Pewukon, est celui qui régit principalement la vie balinaise. Il s’étale sur 210 jours et « superpose divers cycles » L’autre calendrier, le « Saka », est hérité du calendrier indien, dans lequel chaque mois débute après la nouvelle lune (l’occasion de faire de grandes cérémonies).

 

La suite logique de cette expédition est donc la bénédiction de l’hôtel, mais ce sera l’occasion d’un prochain billet (sinon, on va me dire que c’est encore trop long…) !

A suivre, donc…

 

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3 commentaires

  1. Excellent ce récit Mr Pidjay! Vous donnez l’impression d’être bien content de votre présence à Bali. C’est bien. Profites mon lapin, prends en plein les mirettes!
    Manu

  2. Merci PJ d’avoir pris le temps de nous conter tes nouvelles aventures sur ” l’ile preferee des Dieux” et oui, tu as la classe avec le sarong… Et bravo pour les photos, avec mention speciale pour la levitation !!!
    Bisous et a bientot !
    Ge du Maroc

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