Deuxième tour de Malang

 

Selamat Pagi Ami Lecteur !

 

Depuis mon arrivée, me voici finalement improvisé en prof de langue et donne ainsi, des cours de Bahasa Indonesia contre des cours de français à certains membres de l’équipe… un échange de bons procédés en quelques sortes. En général on commence toujours par le français, qui débute en général par « How do you say in french » – par exemple « my name is » – ce à quoi je réponds :
– « Je m’appelle »
– Ze mapil
– non : Je m’appelle
– Ze mapel
– Presque : « je m’appelle »
– ze mapel
– Je
– Ze
– Je
– Dje
– Je 
– Dze… dje… ze… je, JE !
– Yes, you get it !
– Dje
– Noooooooooooooooon…. Arghhhh, on recommence !

Enfin bref, comme ça pendant 15 minutes…

 

Ou alors, il y en a qui sont carrément plus téméraires :

« How do you say in french » : « How are you »… ce à quoi je réponds :
– « comment ça va »
– hu ? “koum vava” ! Oooooh, it’s too complicated, I can’t ! (en secouant la main frénétiquement).

 

Par contre, quand c’est à mon tour d’apprendre du vocabulaire, je ne sais pas pourquoi : ça les fait marrer ! Je ne sais pas si c’est la prononciation (certainement), ou le vocabulaire qu’ils m’apprennent (c’est possible… parfois, d’une personne à l’autre, le mot n’a pas le même sens…), ou le fait que j’essaie d’apprendre et que j’essaie de faire des phrases, mais ils rigolent bien, à dents largement déployées !

Là où ça se complexifie un peu, c’est qu’en plus du « Bahasa Indonesia » (la langue commune à toute l’Indonésie), se rajoutent des dialectes locaux : le javanais, le balinais… Donc parfois, ils veulent m’apprendre les 2…

Donc j’essaie d’apprendre la grammaire et le vocabulaire, mais je dois avouer que Google traduction n’a jamais autant fonctionné ! Quoique, selon eux, le mieux est de se marier à une Indonésienne pour apprendre la langue !

 

Quelque soit l'occasion : On se marre !
Quelque soit l’occasion : On se marre !

 

Ici, il y a un mot qu’on apprend très vite, à force de l’entendre, c’est : “bule” (prononcez : « boulé »). Il signifie un touriste/étranger blanc. Il n’y a rien de péjoratif, mais adorent interpeller les touristes à grands coups de « Hello Bule », ou encore « Photo Bule »…

Mais le vrai le premier mot qu’on apprend rapidement, après Selamat Pagi (bonjour), c’est “Macet” (prononcez “Matchète”), embouteillage en français ! En effet, dès que vous entrez dans une voiture (et pour commencer, dès que vous quitterez l’aéroport) et quelque soit votre destination, vous pouvez être sûr que vous entendrez ce mot régulièrement dans la bouche du chauffeur, et donc que le trajet prendra plus de temps que ce que vous aviez estimé… mais le spectacle offert par delà de la fenêtre, vous aidera à passer le temps. Et oui : même tard la nuit vous pouvez avoir beaucoup de trafic (dans certains quartiers animés de Jakarta – reconnue en Asie pour sa vie nocturne – ou de Bali…)

 

Une autre habitude de langage : terminer les phrases, surtout celles à connotation négatives, par un long « laaaaaaaaa» lancinant (visiblement, hérité du chinois ou du singapourien – ou les deux), du genre : « no laaaaaaaaa » (et hop, on rajoute un petit anglicisme au passage !), ce qui veut dire « non-mais-comme-j’aime-pas-dire-non-alors-je-l’atténue »…

Mais parfois ça veut dire aussi « j’ai pas compris »…

Et pour faire la distinction, il faut regarder la personne dans les yeux et déceler si le regard reflète la compréhension ou au contraire trahit un début de panique… Auquel cas, il conviendra mieux de se répéter.

Surtout qu’il est rare de dire qu’on ne comprend pas ici ! Donc cela préfigure des situations assez rigolotes :

– Excusez-moi, il est où ce magasin ?

– May be upstairs

– Ah, peut-être là-haut vous dîtes ?

… Ah ben non, en fait, il n’y en a tout simplement pas et pourtant il bosse dans le même centre commercial !

(Note pour plus tard : toujours se méfier du « may be » ici…) !

Et au milieu coule une rivière
Et au milieu coule une rivière…

 

Et au milieu coule toujours une rivère
Et au milieu coule (toujours) une rivière… Mais on est sauvé : y’a un Mac Do (si, si, regardez bien…) !

 

Mais parfois les discussions peuvent prendre des tournures imprévues, même lorsqu’on les fait en anglais… notamment lors de la prière et que de part et d’autre des interlocuteurs sr trouve un muezzin appelant à la prière :

– Allo, this is P # Allaaaah Akbaaaaar #  Butet.
– Sorry what  # Allaaaah Akbaaaaar #  say ?
– # Allaaaah Akbaaaaar #  hein ?
– Sorry, but # Allaaaah Akbaaaaar #  understand !
– I said # Allaaaah Akbaaaaar # tomorrow !
– What, you want # Allaaaah Akbaaaaar #  now ?
– No, I said # Allaaaah Akbaaaaar #  talk to him !

– Ahhh so you # Allaaaah Akbaaaaar # come next week !
– Whaaaat  ? # Allaaaah Akbaaaaar #  Ok, I will call you after # Allaaaah Akbaaaaar # 
– What did # Allaaaah Akbaaaaar #
Tuuuut tuuuut tuuuuut…

"Ecoute, maman est prêt de toi, il faut lui dire : Maman, c'est quelqu'un pour toi"...
“Ecoute, maman est près de toi, il faut lui dire : Maman, c’est quelqu’un pour toi”…

 

Et il y a quelque chose de très agréable : c’est que les gens ont toujours (ou quasiment toujours en tous cas…) le sourire et même si je ne comprends pas toujours ce qu’ils disent (et vice versa d’ailleurs… le “frenglish” se heurtant parfois à “l’indoenglish”…), le simple fait de sourire ouvre beaucoup de portes, ou en tous cas fait tomber des barrières et donne aux gens l’envie de parler (ou essayer…) ! Sans compter qu’ils sont naturellement curieux et prêt à donner, surtout si on leur montre de l’intérêt, du respect et qu’ils voient qu’ils peuvent compter sur vous !

Bon, par contre, de la France, ils ne connaissent que le Foot, Zidane et que le français, c’est sooooooo romantique !

lecture dans un Becak
lecture dans un Becak

 

Et si parfois au boulot, ça peut être pénible de répéter 15 fois les mêmes choses (ce n’est pas toujours évident de faire correspondre le “Fran-english” avec l’ “Indo-english”, on  finit par mimer, puis on se fait traduire par quelqu’un qui a compris !), pour être sûr que cela est compris – va être fait – est fait comme on a demandé, et que ça peut être dur parfois, il faut avouer que c’est agréable de bosser avec les Indonésiens !

Ils sont en effet toujours pleins de bonne volonté, souriants, courtois, prêts à aider, content de vous voir et de bonne humeur  !

Lessive et bain
Dans la banlieue de Malang : Lessive et bain simultanés (on gagne aussi du temps…)
Autour de Malang 2
Environs de Malang – “Va prendre ton bain !”
Non, mais pas tout habillé le bain !!!
Non, mais pas tout habillé le bain !!!

 

Car il ne faut pas oublier que pendant plusieurs années, le pays était dirigé par Soeharto (de 1967 à 1998), qui développa un régime centralisé et dominé par les militaires (une dictature vous dites ?). Et s’il a réussi à permettre au pays de croître, de développer les infrastructures, l’éducation,  tout en réprimant les développements de mouvements islamistes et communistes pour maintenir la stabilité dans le pays. Et ce n’est pas en général durant les périodes de dictatures que les gens apprennent à penser par eux même, à prendre des initiatives, ou à contester…  Donc pour beaucoup, ils sont de bons exécutants, mais il faut s’assurer que le travail est fait. Heureusement, certains commencent à « s’émanciper », prennent des décisions, développent leur entreprises. Dans les équipes ici, ils prennent des initiatives,  heureuses, moins heureuses ou inabouties (des documents photocopiés agrafés, mais pas complets…). Cependant, ils sont toujours plein de bonne volonté, avec l’envie de faire plaisir, et sont très fans de rapporter des petits cadeaux (des « Oleh Oleh » – prononcez « olé-olé ») aux équipes, dès qu’ils partent quelque part, comme des petits porte-clés lors d’un séjour à Bali, des biscuits, du chocolat (“oleh oleh” ou aux noisettes? Désolé pour le calembour !)…

Autour de Malang
Paysages de rizière, non loin de Malang…

 

Et très sincèrement, c’est agréable car ils sont très motivés et avec l’envie de travailler (pour beaucoup dans l’équipe en tous cas) ! D’autant qu’ils sont super joueurs (en formation tout particulièrement), avec beaucoup imagination (trop parfois, avec une super capacité bien étonnante à faire des suppositions et donc de sacrées histoires…) et surtout aiment rigoler !

 

Et puisqu’on parle de rigoler, ce qu’il y a d’amusant au bureau c’est que l’électricité peut être particulièrement capricieuse. Ainsi, comme dans beaucoup d’endroits un peu isolés en Indonésie, nous subissons de régulières coupures intempestives, indépendantes du temps (je suis d’ailleurs étonné de voir que malgré les gros orages et rivières qui remplacent les rues lors de grosses pluies, les installations électriques tiennent autant le coup). Et cela devient réellement désopilant quand cela survient et qu’on n’a bien entendu pas du tout sauvegardé son tableur Excel (la version 28 du budget) sur lequel on vient de consacrer 2 heures d’analyse et de manipulations de chiffres #soupirs… Mais dans notre bureau temporaire, avec ces fréquentes interruptions, on se croirait presque dans un sapin de noël, tant les coupures sont régulières !

Comme la lumière reste tout le temps allumée, et les fenêtres bien grandes ouvertes pour aérer le soir, on se retrouve bien vite colonisé par une multitudes de bêtes attirées par la généreuse source lumineuse. Ainsi s’invitent pèle-mêle : des bêtes qui volent, des bêtes qui rampent (parfois, on a l’impression qu’elles s’invitent sous les vêtements, déclenchant des mouvements complètement désynchronisés, pour le plus grand étonnement de mes collègues de travail – inutile de dire que ça les fait marrer – qui ne semblent pas gênés outre-mesure, ou alors ils sont sensibilisés…), des bêtes qui sautent et qui volent en même temps et même des gekkos qui viennent manger les moustiques et par la même occasion animer le bureau de leurs cris sur-aiguës caractéristiques, tout en donnant l’illusion que les murs sont animés.

Un dimanche, un concert
Un dimanche, un concert

 

Le dimanche sans voiture, mais avec piétons...
Le dimanche sans voiture, mais avec piétons…

 

Et en dépit des problèmes d’accès de l’énergie, je suis impressionné de voir qu’ils ne se sentent absolument pas concernés par les économies d’énergie ! Alors on laisse la lumière allumée quand on s’en va, on n’éteint pas les PC quand on part, on allume la clim et on ouvre bien les fenêtres… D’ailleurs la clim doit rester branchée à -15°C au moins (c’est top, surtout lors de réunions interminables et qu’on est en polo… ce qui m’a valu une délicieuse angine !) à tel point que dans les voitures, on a le bouton de réglage qui va de froid à glacé : je suis sûr d’avoir vu des glaçons sortir des grilles de ventilation une fois ! Donc on passe rapidement de -15° à + 30°, puis de nouveau à -15°, puis à 27° (Tiens, ça se rafraîchit… ah oui, la fenêtre du bureau est ouverte et la clim est branchée !)…

Scène de vie quotidienne
Scène de vie quotidienne

 

Scène de rue
Scène de rue

 

Je l'ai garée ou ma mobylette...
Je l’ai garée ou ma mobylette…

 

Sinon, j’apprends aussi beaucoup avec le propriétaire, surtout : comment gérer les relations – parfois compliquées – qui existent dans ce business (parce que le Général Manager est embauché par une société de management et payé par le propriétaire du bâtiment, donc doit toujours jongler entre les intérêts des 2… en résumé, c’est un super équilibriste sur un fil bien tendu !), ou que ce soit pour les questions du quotidien :

– Pak Pidjay, vous arrivez à manger dans les waroengs (prononcez « warungs », les petits restaurants de rue) ?
– Oui, oui, je m’adapte et découvre la richesse de la nourriture indonésienne ! 

Mais en réalité, je n’ai pas vraiment le choix. Car là où nos bureaux temporaires sont localisés (dans la banlieue, loin du centre ville), il n’y a pas beaucoup de choix ni d’alternatives. D’ailleurs, les premiers Mac Do et Pizza Hut se trouvent à 20 minutes de taxi… Ce qui m’a d’ailleurs valu de payer le Mac Do le plus cher d’East Java : ce n’est pas que j’aime particulièrement Mac Do, mais j’en pouvais tellement plus de manger dans les waroengs tout le temps qu’un soir, j’ai commandé un taxi, fait un aller-retour pour prendre un Menu Burger-frites-boisson à emporter… bilan de l’opération, j’en ai eu pour aussi cher de Taxi que de resto… coût de l’opération : 7 euros au total ! Mais j’ai enfin mangé un steak !

Donc :

– Oui, oui, je m’adapte et découvre la richesse de la nourriture indonésienne ! Mais vous, vous aimez ça ?
– Ah non, j’y mange jamais, ce n’est vraiment pas bon, me répond le propriétaire de l’hôtel (et en plus j’ai une bonne qui me prépare les repas…) !

No comment…

 

Ou autre sujet de discussion, avec le propriétaire, quand on parle stratégie business : « Comment ça le NPV est négatif et l’investissement n’est pas rentable ?
Mais c’est pas grave, je veux ce restaurant, et ce n’est pas grave si ça ne me rapporte pas d’argent, ce n’est que pour le prestige Pak ».

 

Et à propos de “manger” et de restaurant, avec les marchands ambulants disséminés un peu partout (ou qui passent dans les rues en faisant tinter leur sonnette), il est facile de manger à toute heure (principalement : nasi goreng et bakso)… c’est d’ailleurs tellement facile, que les indonésiens mangent à toute heure et partout !

Et on mange tout le temps...
Et on mange tout le temps…

 

Et on mange
N’importe, où…

 

On mange vraiment n'importe où (à l'abri d'un pont routier)
… Vraiment n’importe où (à l’abri d’un pont routier, entre 2 routes) !

 

Et on mange...
Dans des conditions d’hygiènes irrepprochables…

 

Un petit café ???
Et avec l’addition : Un petit café ???

 

Enfin, l’important après un bon repas, c’est de faire la vaisselle :

huuum, la belle couleur de l'eau de rinçage
huuum, la belle couleur de l’eau de rinçage…

 

Allez, je repars à mes cours de français :

– « je m’appelle »
– ze mapel
– Je
– Ze
– Je
– Dje
– …

Et sur ce : à bientôt pour la suite…

Retour au Sommaire

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*