Pas Très Normal Activity…

 

Selamat Pagi Ami Lecteur,

 

Alors figurez-vous que l’autre jour, on s’est fait hypnotiser !

Enfin, je dis « on », mais c’est plus l’équipe que moi…

Parce que vu que l’hypno-thérapeute a fait sa séance en “bahasa indonesia” et que je dois avouer que je n’ai pas tout compris et donc du coup n’étais pas très réactif.

Enfin bref, il nous a annoncé qu’il était possible d’utiliser l’hypnose (basée sur la Programmation Neuro-Linguistique) pour se détendre, améliorer ses capacités de travail, arrêter de fumer et/ou de boire, arrêter de prendre de la drogue et commencer à faire du sport (et pas l’inverse), de tenir ses résolutions, de manger 5 fruits et légumes par jour, d’arrêter le Nutella, d’avoir bon caractère (quoique pour ces derniers, je ne suis pas certain)…

Et en complément de sa petite présentation (ou plutôt pour convaincre les sceptiques), l’animateur a entrepris une petite séance avec le personnel présent : tout a commencé par une petite mise en condition et en essayant de détendre tout le monde… Certains étaient d’ailleurs tellement détendus qu’ils se sont réellement endormis et sont tombés lourdement et bruyamment de leur chaise !

 

Vous connaissez l'histoire de "Paf l'hypnotisée" ? ...
Vous connaissez l’histoire de “Paf l’hypnotisée” ? …

 

Puis l’hypno-thérapeute a même réussi à faire rire et pleurer sur commande 2 membres de l’équipe ! Et encore plus fort, juste en tournant les pages d’un livre il fut capable d’inverser leurs états : celle qui riait s’est mise à pleurer et celle qui pleurait s’est mise à rire !

Mieux que du GHB
Mieux qu’une pilule de GHB… Une séance d’hypnose !

 

Enfin bref… cette petite démonstration faite, il nous a dit qu’il pouvait aussi utiliser l’hypnose pour lutter contre différentes phobies telles que : l’agoraphobie (la peur du monde), l’arachnophobie (la peur des araignées), la kénophobie (la peur du kéno ???), mais encore la coulrophobie, la géphyrophobie, sans oublier l’alektorophobie, l’hexakosioihexekontahexaphobie, la cuniculophobie (non, ce n’est pas ce que vous croyez) et surtout la phasmophobie c’est-à-dire la peur des… Fantômes !

(pour les autres, je vous laisse chercher les significations : il y en a des rigolotes !)

 

A cette annonce, l’assistance a bien ri !

Mais vu que près de 95% des Indonésiens croient aux esprits, fantômes et autres manifestations paranormales, les rires étaient plutôt nerveux ou gênés.

D’ailleurs, un article de Courrier International, reprenant un reportage du journal indonésien Kompas, expliquait que dans les années 50, un anthropologue américain (Clifford Geertz) fit une étude sur les croyances indonésiennes. Il écrivit, entre autre, que 3 grandes catégories d’êtres surnaturels peuplent l’île de Java : les fantômes (les « meledi »), les esprits malfaisants (les « lelembut ») et les lutins, fées et autres sirènes (les « tuyul »). Et histoire de rendre les choses un peu plus complexes, il y a bien sûr des sous-catégories, des sous-espèces…

Fantomes indonésien ?
Le cousin indonésien de Casper le fantôme ?
Ou il m’est avis que le staff manque de taff…

 

Objets de fantasmes et de phénomènes inexpliqués, ils sont à l’affiche d’une multitude de films d’horreur en Indonésie… A ce propos, l’autre jour, en allant voir une super daube production américaine avec l’équipe, une des personnes s’est masquée les yeux en passant devant une affiche d’un film projeté (Genre : “Paranormal Activity n°25″…) : elle pensait qu’elle était possédée par le fantôme qu’elle présentait !

Enfin bref… Pour revenir à l’article, l’auteur de s’étonne que « malgré les bouleversements sociaux et politiques qu’a connu le pays, la classification et la description des fantômes réalisées par les anthropologues dans les années 1950-1960 demeurent valables ». Sauf que signes de modernité, alors qu’avant ils ne hantaient que les campagnes, on les trouve partout, partout, partout : dans les grandes villes, les maisons, appartements, hôpitaux, écoles… Plus personne n’est à l’abri dans les films (et visiblement dans la vie réelle non plus) !

L’article continue en précisant que dans les films, le fantôme vedette est « Kuntilanak », une très belle femme habillée en blanc (à mon avis, un film d’horreur impliquant une femme en blanc, ça s’appelle plutôt un mariage…), qui, après avoir été séduite par un mauvais garçon, violée et abandonnée enceinte (en général dans cet ordre là) finira par se suicider puis reviendra se venger des outrages subits, sous forme de fantôme…

Le scénario est aussi mince qu’un scenario de Luc Besson, mais visiblement il est décliné à l’infini !

 

C’est marrant parce qu’un hôtel du centre-ville expose un ancien portrait d’une jeune fille indonésienne (une des familles les plus puissantes dans les années 20), lequel suscite beaucoup d’émois (et d’effrois) : il n’est pas rare de voir passer les personnes en se masquant les yeux, persuadées que la photo renferme l’esprit de la jeune fille… Certains assurent qu’ils avaient pris une photo du portrait et qu’après développement la photo était… vide !

Un portrait...
La dame blanche existe aussi en Indonésie !

 

Mais pourquoi les Indonésiens croient-ils encore aux fantômes, me demanderez-vous ?

Selon l’auteur de l’article, c’est parce qu’ils « représentent l’image d’un passé douloureux qui revient sans cesse à la surface, faute d’être exorcisé », sic !

Il faut dire que leur héritage historique est lourd. Du fait de leur localisation stratégique, véritable lien géographique entre l’Inde et la Chine, ils ont subi au fil des siècles différentes influences : depuis les Indiens (du 5ème siècle à la fin du 15ème) en passant par les marchands de sables Arabes (à partir du 13ème siècle), la présence de colons Portugais engagés dans la course aux riches épices (à partir de 1505), sans oublier les Hollandais à partir de 1595 (et leur héritage culinaire qui est à la limite du crime contre l’humanité !), sans oublier le développement de prospères communautés Chinoises et cerise sur le gâteau : une petite occupation par les Japonais pendant la 2ème guerre mondiale.

Le moins qu’on puisse dire : c’est qu’ils n’ont pas été épargnés avant d’accéder à leur indépendance…

Mais ce n’est pas parce que celle-ci a été signée le 17 août 1945 par Soekarno et Hatta (qui, avant d’être le nom de l’aéroport international de Jakarta furent respectivement le premier président et vice-président de l’Indonésie), désireux d’instaurer une vraie démocratie dans le pays et que tout s’est forcément amélioré comme par magie !

Car comme chacun le sait : la démocratie ne se met pas en place du jour au lendemain sur un simple claquement de doigts, ou en écrivant une déclaration sur les droits de l’homme et du citoyen, ou encore une nouvelle constitution, sur des airs révolutionnaires !

 

Avec 17000 îles, 240 millions d’habitants, les différences culturelles et ethniques sont aussi (si ce n’est plus) importantes qu’en Europe !

Sumatra, Java, Bali, Lombok, Sulawesi, Kalimantan (Borneo), Papouasie, Florès et j’en passe : chaque île a ses traditions, ses spécificités et ses richesses aussi (finalement, c’est comme si en Europe, tous les pays parlaient la même langue, en plus de partager la même monnaie…) !

Et bien entendu, l’unité du pays s’est accompagnée de nombreux affrontements inter-ethniques (et religieux), auxquels s’ajoutèrent les luttes contre les communistes et les extrémistes religieux, les répressions sous le régime dictatorial de Soeharto, les crises économiques et pour couronner le tout : quelques petits attentats…

Au total, c’est environ 1 million de personnes qui connaîtront des morts violentes, depuis la déclaration de l’indépendance jusqu’à l’aube des années 2000 avec la démission de Soeharto en 1998 (un président aussi corrompu et riche qu’un monarque africain…).

Démission qui fut la conséquence de dramatiques manifestations au sein de la population – traduisant un ras-le-bol de la politique et de la situation économique – ayant fait plusieurs milliers de morts, en particulier au sein de la communauté Chinoise (durant les révolutions, on s’attaque aux plus riches), et entraînant dans son cortège son lot de commerces détruits, pillés, affrontements avec les forces de l’ordre, évacuations « musclées »…

Bref : on comprend un peux mieux « le passé douloureux qui revient sans cesse à la surface, faute d’être exorcisé » !

 

Et au-delà de ça, force est de constater qu’aujourd’hui, ils ont plutôt bon dos les fantômes, surtout pour trouver des “bonnes” excuses :

         – Pak, aujourd’hui Bambang ne viendra pas travailler, il a attrapé une grosse fièvre juste après avoir vu un fantôme hier soir en sortant du boulot pour aller faire des courses au Indomaret »

(tu parles oui, une partie du staff l’a vu avec une fille – ils adorent les ragots – dont la longueur de la mini-jupe file à elle justifie sa fièvre !)

 

         – Il y a une coïncidence bizarre Pak : aujourd’hui Ary a attrapé la dengue la semaine dernière, juste quand Yoci s’est fait un ulcère à l’estomac, que Dina a ses « périodes » et que Ikrom a une grosse angine… je crois qu’il y a un fantôme !

(Ah ben mince alors : le fantôme nous fait un remake de « Urgence », Dr House ou Grey’s Anatomy ou quoi ???)

Non mais rassure-toi Diah, parce que dans l’ordre : on est en Asie, dans la campagne et c’est la saison des pluies et des moustiques porteurs de la dengue… Pour l’ulcère : ben quand on voit comment ce que vous mangez est épicé, c’est surtout bizarre de ne pas en faire plus souvent ! Quand aux « périodes » de Dina, j’ai réminiscence de mes cours de biologie qui décrivent que les menstruations fonctionnent par cycle, donc : rien de bizarre, si ce n’est ses sautes d’humeurs… Enfin, pour ce qui est de la grosse angine : ça fait quinze fois que je vous dis de ne pas mettre la clim à 10°C dans ce bureau m*rde-à-la-fin-faut-peut-être-arrêter-d’être-c*n-aussi !

 

         – Pak, La sécurité affirme avoir vu un fantôme sur les images de la caméra…

(Mouais… Et si on commençait par régler la caméra, parce qu’honnêtement l’image est vraiment floue, on ne reconnait rien ! Ah oui, c’est pas c*n Pak !)

 

Mais le problème, c’est quand ce sont des clients qui viennent nous le dire :

   – J’ai entendu quelqu’un frapper à ma porte et quand je l’ai ouverte (la porte), ben il n’y avait personne dans le couloir

(oui, enfin en même temps, tu n’es pas seul sur le palier, et tu as des voisins directs…) !

   – J’ai été réveillé en pleine nuit par des cris d’enfants

(ben il était 23 heures et si les enfants ne sont pas assez éduqués pour ne pas se mettre à crier dans les espaces publiques, ce n’est pas une force surnaturelle qui devrait leur mettre une bonne paire de claques, mais plutôt les parents !)

 

   – Il y a une chambre avec des femmes qui disent avoir vu un homme nu frapper à leur porte en pleine nuit ! Comment on peut faire ça normalement, il doit être possédé !

(heu non, c’est un obsédé…)

 

En discutant avec eux, certains nous affirment les voir et leur parler (mais il parait que ça demande beaucoup d’énergie… Aaaaah c’est donc pour ça qu’ils paraissent toujours fatigué en journée… J’aurais plutôt parié sur l’effet de la « ganja » – cannabis en bahasa indonesia !).

Dormez, je le veux
Je vois des gens… ils sont endormis !

 

Mais le plus important, c’est qu’avant que l’idée ne se propage à toute l’équipe (et ça va très-très vite… Bizarrement ce genre de nouvelle se répand bien plus rapidement qu’un ordre venant d’un supérieur !) et qu’ils ne se fassent des nœuds au cerveau, il devient primordial de chasser les fantômes (et surtout rassurer le staff) !

Et pour cela, « Who ya gonna call ? »…

Allez, tous en cœur, amis des années 80 : GHOSTBUSTERS !

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Bon, malheureusement, ce n’est pas Bill Murray et Dan Aykroyd que l’on voit débarquer toutes sirènes hurlantes et gyrophares aveuglants, en uniforme beige et un pulvérisateur atomique sur le dos (non, ça c’est réservé aux exterminateurs d’insectes…), mais plutôt un petit gourou à la barbichette grisonnante, des petites lunettes rondes vissées sur le bout du nez et habillé en robe traditionnelle, les bras alourdis de bracelets en tous genres !

Je ne vous cache pas ma déception là…

Et après quelques incantations entonnées, agitation de divers grigris, épandage de sel un peu partout (à priori, les fantômes suivent un régime sans sel en Indonésie, du coup ça les fait fuir ! Ah : et surtout, ajoutez-en bien devant le bureau du Directeur… même si on émet des doutes, on n’est jamais assez prudent !), et quelques conseils avisés (portez ce bracelet pendant 2 mois, construisez un petit temple à offrandes à tel endroit…), il jure croix-de-bois-crois-de-fer-si-je-mens-je-vais-en-enfer qu’il n’y aura plus de fantômes ici pour venir importuner les gens ! (heuuu y’a un service après-vente, juste au cas où, hein ?)

SOS fanomes indo
Brigades anti-fantômes dans les rues de Malang… Un business qui roule bien !

 

Et même si ce genre de cérémonial peut toujours étonner ou amuser, ces croyances sont tellement bien ancrées dans la culture qu’il est important de ne pas s’en moquer et d’agir sérieusement en conséquence.

On n’a beau ne pas y croire, ce qui met le doute c’est quand des expatriés vivants ici depuis longtemps affirment en avoir déjà vu !

Et pire : au même endroit que le staff…

 

Mais ce n’est pas la seule manifestation « surnaturelle » intéressante qui existe en Indonésie.

En effet, il y en a une qui est super pratique : ce sont les « rain-stoppers ».

– des “rain” quoi ?

– des rain-stoppers… Des “stoppeurs de pluie”.

– Non ?

– Si

– Non ?

– Si, si…

– Noooon ?

– Et si !!

Car vu que la saison des pluies représente quasiment 6 mois dans l’année, plutôt que de reporter un événement on fait venir un autre genre de chamane local qui, au rythme des tambours et d’incantations hypnotiques, est capable de chasser temporairement les cumulonimbus et autres nimbostratus du ciel !

Il paraît même que ça marche à distance ! Mieux que la Redoute, les 3 Suisses ou Internet : à mon avis, il y a un nouveau marché “on-line” à développer…

D’ailleurs, on en avait pris un pour l’ouverture et… Magiiiie ! Alors qu’il pleuvait habituellement de 15 à 20 heures tous les jours, il se trouve que le jour où le Rain-Stopper est venu, et bien figurez-vous qu’il n’a plu que de 13 à 15 heures et qu’après ça il n’est plus tombé une seule goutte !!!

Ah-ah, c’est pas incroyable, ça ???

 

Tous ça pour dire que finalement je crois qu’il n’y a plus rien qui m’étonne dans ce pays…

Ah si, peut-être une chose :

         – Au fait Almès, tu as fait ce que je t’ai répété 10 fois ?

         – Heu, sorry Pak j’ai oublié. Par contre, j’ai eu un problème: j’ai vu un fantôme…

Aïe…

 

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Et pour lire l’article de Courrier International en entier, c’est par ici.

 

1 commentaire

  1. Excellent. T’as l’air de bien t’amuser quand même entre les séances de travail 🙂 Bon courage pour la suite et fais gaffe aux fantômes, il parait qu’ils commencent à lire les blogs pour savoir qui il faut attaquer…

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