Premiers jours d’expat en Indonésie

 

Selamat Pagi Ami Lecteur !

Une citation lue je-ne-sais-plus-où disait qu’un « bateau qui reste au port n’est jamais en danger, mais il ne va nulle part » (non ce n’est pas dans “Psychologie Magazine”, ni “Voiles et Voiliers” d’ailleurs…).

Voici donc quelques jours que j’ai pris l’avion direction l’Indonésie (avec un petit stop à Singapour, pour y passer la soirée avec une amie d’enfance et des amis de promo – le monde est petit tout de même !) et découvrir ainsi un nouveau boulot, dans un nouveau secteur, dans un nouveau pays, dans une nouvelle culture, dans une nouvelle langue, loin de mes repères et de mon confort. Petit changement, donc…

Bref, je ne sais pas ce quelle mouche m’a piqué (enfin, si : l’envie de changement, après 1 an de formation à l’IMHI), mais bon : on y est ! A moi, les joies de la vie d’expatrié en Asie !

Aeroport Soekarno Hatta - Noms des Président et Vice Président de la première République d'Indonésie (Indépendance en 1945)
Aeroport Soekarno Hatta – Noms des Président et Vice Président de la première République d’Indonésie (Indépendance en 1945)

 

Petite précision importante :  je ne suis pas parti pour quelque désir d’évasion fiscale (c’est assez d’actualité en ce moment…), mais plutôt pour saisir une opportunité proposée – et parce qu’en France, on ne peut pas dire que le marché du travail soit particulièrement réjouissant en ce moment, d’autant plus quand on est en reconversion professionnelle !

Mais pour être honnête : c’est un peu plus que de l’expatriation, plutôt une vraie immersion, car avec le Général Manager de l’hôtel où je travaille, nous sommes à peu près les 2 seuls étrangers à Malang (bon, y’a peut être 2-3 étudiants, quelques touristes et probablement un petit groupe d’expatriés aussi -y’en a toujours dans des endroits incongrus, la preuve, j’y suis – mais bon, on ne les voit pas beaucoup…)1 ! Sauf qu’il a un avantage sur moi : avec 15 ans passés en Indonésie, il connait les codes, la culture, et la langue. Bref, c’est quelqu’un qui va m’apprendre beaucoup de choses, tout d’abord  : comment on ouvre et gère un hôtel et ensuite, comment on « Manage » l’Indonésien (et l’Indonésienne aussi…) !

 

Malang est situé à l’est de l’île de Java – l’île principale, puisque la plus peuplée – entourée de 3 volcans (donc pas à côté de la mer).

Arrivée à Malang
Arrivée à Malang… “PNC, début descente” (enfin, j’imagine que c’est ce qu’a dit le commandant de bord en Bahasa Indonesia)

 

Pour information, l’archipel d’Indonésie est constitué de près de 17 000 îles, certes pas toutes habitées, et le pays compte tout de même près de 240 millions d’habitants.

Sur une carte, l’Indonésie est un grand trait d’union entre la Malaisie (située au sud de la Thaïlande et avec qui ils partagent l’île de Borneo) et l’Australie, juste au sud des Philippines. Nous sommes donc bien dans l’hémisphère sud, à cheval entre l’équateur et le tropique du Capricorne.

Carte-Indonesie
Carte partielle de l’Indonésie
(Avec plus au Nord : la Malaysie, la Thaïlande, les Philippines. Et avec plus au Sud : l’Australie)

 

Mais avant d’arriver à Malang, j’ai passé quelques jours à Jakarta, à rencontrer les gens du siège, à apprendre l’histoire de l’entreprise, les futurs développements (ici, la croissance existe bien et l’endettement du pays est faible… effectivement, le changement c’est maintenant, et surtout ici !), visiter les hôtels « témoins » de la capitale et à voir quelques expatriés, qu’ils soient diplômés du même MBA que moi, ou originaires de Bordeaux et travaillant ici (oui, le monde est petit !).

La ville est grande, immensément étendue, même. De plus en plus développée à la verticale, les voitures s’entassent dans des rues peu réservées aux piétons et dans une pollution qui se marie décidément mal avec la chaleur, déjà étouffante. Quant au déplacement des piétons, il n’est malheureusement pas aidé, car le réseau de transport en commun est redoutable de part son inefficacité.

Ici la sécurité en ville est une obsession; ainsi lors de la moindre entrée dans un centre commercial, ou bar à la mode, il faut passer des portiques de sécurité (même s’il arrive à certains de prendre l’avion avec dans les bagages en cabine du parfum, de la mousse à raser en bombe et le rasoir qui va avec) et les voitures sont inspectées par des agents de sécurité (coffres ouverts, miroirs pour regarder sous la voiture…).

On peut ainsi profiter de Jakarta (surtout de la nuit…) sans se sentir menacé ou inquiété, dans cette méga-ville de presque 20 millions d’habitants.

Ce qui est dur à Jakarta, c’est qu’il fait chaud (voir très chaud), dans une ville super polluée et le trafic routier, en l’absence de transports en commun donc, est un cauchemar où se croisent des centaines de milliers mobylettes (à 3-4-5 personnes), des voitures japonaises surclimatisées (le plus souvent des gros 4*4… en ville, c’est l’idéal !), de gros camions, les « bajaj » (genre de tri-porteurs) et des hordes de taxis !

La ville n’a aucun intérêt touristique, sauf à voir des barres de bétons (la ville croit autant en hauteur qu’en largeur) enveloppées de nuages de pollutions… Par contre, elle brille par ses activités nocturnes !

Lumières nocturnes de Jakarta

 

Entre les grosses discothèques technos, à l’instar de l’institution qu’est le “Stadium” – les bars branchés au sommet d’un gratte-ciel plus fréquentés par les étrangers, tel que “Le Skye” – ou encore des bars sur des terrasses d’immeubles, sans oublier les boites de stripteases-karaoké-sauna-massage (avec tout ce qui va avec comme réseau de mafia, drogue et prostitution), il y a visiblement un panel assez large pour s’amuser (enfin, en fonction de ce que l’on vient y chercher…) !

Le Stadium - Jakarta

Pour info, Le Statium est aux dire de certains expatriés, ce qui se fait de plus “incroyable” en terme de boite de nuit en Asie : imaginez une boite de nuit à l’ambiance très “underground”, mélange étonnant de techno-tribal (bon, faut aimer…), avec au milieu des clubeurs de la drogue, des prostituées, des rabatteurs… Elle est surtout fréquentée par les Indonésiens de toutes catégories et quelques touristes poussés par la curiosité.

Jakarta by night – Des ombres et des tours

 

Jakarta - le Skye
Et en avant les Mojitos !

 

Donc, après un week-end très chargé (en sorties, j’entends…), j’ai pris la direction de Malang, et pour le coup, la vie ici est beaucoup plus sage… le contraste en est même saisissant !

Surtout que cela s’est accompagné de quelques couacs dans l’organisation, en résumé : le propriétaire ne voulait pas payer en plus pour moi (je n’étais pas originalement prévu dans le budget… aïe), mais a finalement accepté en diminuant certains coûts (re-aïe), dont le logement ! Je me suis donc retrouvé la première nuit à dormir dans une guest-house de 18è zone (re-re-aïe), avec une chambre où se battaient encore araignées et moustiques, située en bord de route (et son cortège de voitures, camions, mobylettes lancés à vive allure, quelque soit l’heure), avec toilette et salle de douche (la même pièce) partagées avec 10 autres chambres et peu entretenues (Heu, c’est blanc la couleur d’origine du siège des toilettes ? Si je demande ça c’est par pure curiosité… mais comment peut on obtenir cette couleur marronasse-jaunasse-verdasse-degueulasse alors ?)…

J’ai tout de même réussi à dormir à peu près 3 heures, car à 4 heures, le chant du muezzin m’a tiré de mon léger sommeil, alors que le ballet de mobylettes et de camions sur la route a réussi à m’empêcher de me rendormir.

Par contre petite consolation : la nuit n’était pas chère : 1,5 dollar américain ! ça tranche avec le confort des hôtels dans lesquels je résidais, lors de mon accueil à Jakarta  ! Comme quoi, on peut donc dormir pour pas cher en Indonésie, mais on dort mal, pour pas cher… (à moins d’être indonésien ?)

Heureusement le General Manager a vite rectifié le tir et m’a installé dans la guesthouse où une partie de l’équipe réside temporairement : je partage donc ma chambre avec un Indonésien (et non, pas une indonésienne… c’est très mal vu ici les couples non mariés !) !

Autant dire que mon premier jour de boulot n’a pas été des plus facile !

  Vue du bureau

 

C’est d’autant plus difficile qu’il n’y a pas de Nespresso pour se faire un café sur le pouce… Donc difficile d’avoir une (ou 2, ou 3) dose(s) de caféine facilement, histoire de se réveiller !

Malang étant un peu en altitude, la température y est plus agréable qu’ailleurs en Indonésie : plus fraiche (il fait entre 18 le soir et 30 en journée) et peu humide (bon, j’attends le pic de la saison des pluies pour confirmer…), permettant la culture du café – qui est très bon – mais se consomme bizarrement : moulu super finement, il est versé directement dans la tasse, dans laquelle on ajoute l’eau. En laissant reposer, il finit par précipiter au fond de la tasse et on peut donc boire son café (oui et en manger un peu par la même occasion…) !

Malang Centre

 

Sinon, bonne nouvelle : je ne devrais pas souffrir d’un manque de Vitamine B1 ! En effet, je mange du riz midi et soir, puisque c’est l’élément de base de tous les plats ici ! Et encore, je n’en prends pas au petit déjeuner…

Même Mc Do propose un « Mc Rice » ! Mais je n’en dis pas plus, je vous laisserais le plaisir de le découvrir lors de votre venue ici ! Mc Rice

 

Heureusement, l’équipe est fidèle à la réputation des indonésiens : ils sont super accueillants et m’ont mis à l’aise… Ils sont toujours prévenants, souriants, aimables… Certains veulent même déjà me marier à une indonésienne (« jolie et riche, c’est mieux » comme ils disent), elles sont “très serviables et c’est plus facile pour apprendre la langue” (sans jeu de mot…) ! Le problème est qu’avec 80% de Musulmans, il faudrait que je change de religion… à moins de tomber sur une exception !

Mais le plus dur au sein de l’équipe a quand même été d’apprendre les prénoms… qui vient juste après le 2è « plus dur » : savoir quoi commander pour diner. Quand au 1er « plus dur » : comprendre quand ils ne parlent qu’entre eux (ce qui fait parfois des réunions de travail où j’ai l’impression d’être un marsien blanc !). Effectivement : il y a donc une graduation dans l’échelle de perception du dur…

Apprends les Animaux grâce au Street Food
Apprends les Animaux grâce au Street Food…

 

Street Food

 

Du coup l’intégration dans l’équipe s’est très bien passée, avec un esprit très famille ! On dine ensemble (dans des petits restos de bord de route très typiques… et pas chers), on va boire des verres ensemble (enfin de la bière pour moi, des cappuccinos ou mocaccinos pour eux…) et bien sûr on travaille ensemble… ce qui permet d’en apprendre un peu plus sur la façon dont il faut se comporter : répéter au moins 1859 fois les mêmes choses pour être sûr que cela va être fait  (mais bon, heureusement pas avec tous) et surtout : sans crier ou s’énerver !

 

Mais bon, c’est agréable d’avoir une bonne ambiance, surtout que le projet est très gros (plus de 200 chambres, piscines, resto, bar, gros centre de convention, spa…) et super intéressant mais chronophage : avec des journées de boulot qui commencent à 8h30 pour finir à 22-23h,ça laisse donc plein de place pour apprendre plein de trucs ! Finalement, ça rappelle presque le rythme du MBA, les exams en moins… Ah si, et j’ai au moins une journée de repos dans la semaine : le dimanche. Le problème, c’est que les semaines de 6 jours sont tellement denses, que le dimanche on se réveille assez tard (oui, et aussi parce que le samedi soir on se couche tard) et comme le soleil se couche à 17h30-18h, ça réduit un peu !

Il est pas un peu proche de la route le resto, là ?
Il est pas un peu proche de la route le resto, là ?

 

Street Food - la cuisine

 

Et ce qui est étonnant dans un pays en plein développement économique comme ici (avec un PIB en croissance de 6,3 %, un déficit à 2,2 % du PIB,un taux de demandeurs d’emploi très faible à 6,6 % – en 2011), c’est que tout semble presque facile à faire : contacter les fournisseurs, négocier les prix, payer la mafia locale

Ce foisonnement de possibilités se ressent d’ailleurs dans les rues, avec une agitation perpétuelle : il semble régner ici un bazar où chacun s’occupe à ses affaires, se croise, mange ensemble dans des restos de rue, sorte de bazar bien organisé. Par contre, à l’instar de beaucoup de pays en plein développement, le gap entre les pauvres et très riche est assez important, mais avec une « classe moyenne » qui continue de grandir. Ce qui est intéressant, c’est d’ailleurs que de plus en plus d’étudiants de cette classe moyenne (tout comme de la classe supérieure) font leurs études à l’étranger. D’ailleurs, la responsable Communication de la boîte est venue faire ses études en France… à La Rochelle ! Et m’appelle « son pote du Sud Ouest » !

 

Brioches, pains, brunchs... "Und Corner", c'est parfait !
Brioches, pains, cafés, thés, jus d’orange, brunchs… “Und Corner”, c’est parfait (et très bon) !

 

Malang - Und Corner
Und Corner – Du pain et des fruits…

 

Und Corner - Et le temps s'est arrêté (bon, pas les mobylettes de la rue par contre...)
Und Corner – Et le temps s’est arrêté (bon, pas les mobylettes de la rue par contre…)

 

Sinon, j’ai découvert le sport national ici : c’est de lancer de rots ! Oui, tout le monde le pratique allègrement, et pas qu’après le repas : ça vient vraiment naturellement, à l’impromptu !

L’autre sport national, c’est d’aller prier. Disons qu’ici ils vont prier, comme d’autres vont faire des pauses cigarettes ou café en France, c’est-à-dire très très très régulièrement (presque autant que les coupures d’électricité qui font qu’on a l’impression que le bureau est un vrai sapin de noel parfois…) ! D’ailleurs dans chaque bâtiment, une pièce est réservée pour la prière et dans toutes les chambres d’hôtel est indiquée la direction de la Mecque… Dans un hôtel par exemple, une pièce est réservée pour le personnel et une pièce est prévue aussi pour les clients. Et la journée (la nuit aussi…) est cadencée au rythme des prières quotidiennes : ici la guerre des clochers minarets fait rage : puisque des petites mosquées sont disséminées un peu partout dans les villes et villages.

Clocher contre minaret
Clocher contre minaret…

 

Il faut dire qu’ici, la religion est sacrée… Et peu importe la religion, il est important d’en avoir une : les Indonésiens ne comprennent d’ailleurs pas (ou mal) qu’on n’en ait pas. Car au-delà des 80 % Musulmans (à très large majorité islam modéré, même si ça étonne toujours de voir des asiatiques porter le voile), on trouve 15 % de Chrétiens et 5 % d’animistes-bouddhistes (concentrés sur l’île de Bali). Ici l’entente entre les communautés se passe très bien, en tous cas dans la province de Java Est, et les gens plutôt curieux et content de rencontrer des étrangers.

Cela donc a été l’occasion d’aller à la messe catholique en indonésien… un grand moment ! Car si je n’ai pas bien compris les lectures/le prêche/les prières (la messe étant célébrée en “bahasa indonesia”), le fait d’être le seul étranger au milieu d’une assemblée aussi recueillie (et une église pleine), ça fait bizarre ! Et surtout c’est étonnant de réciter un “Notre Père” en français quand tout autour de soi il est dit dans une langue dont on ne maîtrise que quelques éléments de base (bonjour/merci/comment ça va) !

Enfin, pour mélanger un peu politique et religion (ça déclenche toujours de bonnes discussions…) si récemment certains imams de Jakarta ont activement pris position pour l’équipe municipale en place, les électeurs ont finalement élus un maire avec un adjoint chrétien (d’origine chinoise de surcroît…). A croire que la corruption, la pollution, les problèmes de développements de la capitale ont été des éléments plus déterminants que l’obédience de ses élites.

Visiblement, le gouvernement agit aussi beaucoup pour limiter le développement des extrémistes fanatiques. Et comme me disait un des membres de l’équipe : « j’ai plus en commun avec un chrétien modéré ou un pratiquant modéré d’une autre religion, qu’avec un extrémiste qui se dit de ma religion ».

 Vue du bureau 2

 

Sinon, la saison des pluies est bien là : il fait chaud et en milieu d’après midi, un énorme orage s’abat sur la ville, apportant un peu de fraîcheur et panse les cicatrices d’une terre désespérément sèche.

Le problème, c’est qu’il pleut plus le dimanche que les autres jours de la semaine… allez comprendre !

 

A bientôt pour la suite…

 

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1) Bon, recherches faites, il y a environ 150 expatriés à Malang (de toutes nationalités), mais sur une population de 800.000 habitants, autant chercher une aiguille dans une motte de foin…

 

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