Dans la Forêt Lointaine… Aux Couleurs de l’Eté Indien

Dans la Forêt Lointaine… Aux Couleurs de l’Eté Indien
Bon matin mes “cheums” lecteurs,

Alors voilà : le temps d’une petite parenthèse enchantée durant laquelle je me suis rendu dans la belle ville d’Istanbul, à l’occasion un mariage extraordinaire pour 4 jours de fêtes, me voici finalement de retour au Québec où je bosse fort : au revoir le Bosphore et bonjour le décalage horaire et le choc des températures !

Après Baie-Johan-Beetz et le Lac Victor, c’est donc l’opportunité de découvrir un nouveau territoire, situé au coeur de la forêt des Appalaches, une montagne située entre le Québec et l’Etat du Maine (aux Etats-Unis) ; car en ce début de mois de Septembre, la saison de la chasse à l’Orignal est ouverte !

Le bon chasseur, il voit un orignal, il tire ; alors que le mauvais chasseur, il voit un orignal, il tire… mais c’est un mauvais chasseur !

 

Et donc, fraîchement débarqué à l’aéroport de Montréal (mais pas bien frais…) et après avoir attendu plus d’une heure les bagages, je retrouve Valère et partons faire « quelques » courses (de quoi tenir 3 semaines dans la forêt ; vues les quantités, je dirais plutôt 6…), puis passons une courte nuit à Montréal.

Tôt le lendemain (le soleil était encore couché, le veinard), Valère m’arrache à mes 4 heures de sommeil pour finaliser de charger la voiture.
Perdu dans les différents décalages horaires, « ché pu où chu rendu » comme le chantait Robert Charlebois, dans sa chanson Lindberg. Le but est de partir avant l’aube pour éviter les embouteillages spectaculaires de Montréal… Mais le temps de parcourir 3 pâtés de maison, nous nous rendons à l’évidence : ils ont déjà commencé sans nous !
« Tabarnak », c’était bien la peine de se lever si tôt !

Nous voilà partis en direction de Kamouraska… non, ce n’est pas une ville russe, mais c’est bien une « municipalité québécoise, d’environ 700 habitants située dans l’Est du Québec dans la municipalité régionale de comté de Kamouraska au Bas-Saint-Laurent. L’endroit est reconnu comme étant l’un des principaux lieux de villégiature au Canada dès le début du XIXe siècle pour la splendeur de ses paysages et la bonne réputation des eaux salées de l’estuaire du fleuve Saint-Laurent » (Merci Wikipedia…).

 

Mais, nous n’atteindrons pas le village !
En effet, arrivés à hauteur du village de Saint-Philippe-de-Néri, nous quittons le littoral pour rejoindre « Mont-Carmel ».



– Tu as ton permis ? me demande Valère
– Mon permis Français, oui…
– C’est parfait ; tu vas pouvoir conduire le deuxième pick-up alors… Tu vas voir, c’est facile : c’est un automatique, pour conduire, tu te mets en position Drive (la « D ») et ça roule tout seul !
– Ahh… et « P » c’est pour « Parking », « R », pour la marche arrière, c’est ça ?
– Exact ! T’as tout compris ! Allez, on y va…

 

Alors, oui conduire un pick-up sur les routes du Canada, c’est facile ! Mais ce qui l’est moins, c’est qu’avec une lourde remorque à l’arrière, on freine moins bien, beaucoup moins bien et surtout que les routes sont loin d’être toutes goudronnées et planes à mesure que l’on pénètre à l’intérieur de la forêt…

En effet, pour rejoindre la pourvoirie, après avoir passé le village de Trou-à-Pépettes (dingue, moi qui me moquais du nom du village… Je n’aurais peut être pas dû… Il doit y avoir un Karma après tout !) la route se transforme en piste, puis en chemin avec des petits-puis-des-gros-et-enfin-des-très-gros cailloux-qui-cachent-de-nombreux-trous (j’ai mes vertèbres lombaires qui ont fait connaissance avec mes vertèbres cervicales et qui ont eu le plaisir de se retrouver à plusieurs reprises tout au long du trajet… je crois qu’elles se sont bien liées d’amitiés ! Heuuuu, y’a un ostéo dans les bois ?), ce qui fait que l’adhérence, comme la vitesse sont nettement réduites.

 

 

 

 



Et comme la dite pourvoirie est située à 500 mètres d’altitude, la pente qui y conduit est parfois un peu raide… A tel point que, le pied écrasé sur l’accélérateur, le moteur pousse des cris d’orfraie trahissant un manque de d’adhérence en montée, et que les roues chassent les gros cailloux et patinent en descente et glissent sur les graviers… C’est “l’fun” pour essayer de garder de l’adhérence en descente et pas se planter contre un arbre, ou dans l’eau : la piste est en effet bordée de hauts sapins, boulots, érables, fougères, rochers et marécages ; c’est quand même très beau

 

 

 

 

Après 35 minutes de piste à me faire secouer dans tous les sens, au grès des trous et pierres qui font rebondir les roues du van, nous arrivons enfin à bon port… Enfin, ce n’est pas littéralement un port, mais plutôt à “l’Auberge du Baron Ephraïm”, une maison toute en rondins de bois qui se dresse fièrement face au lac des « Cinq Mille » au coeur de la forêt des Appalaches.

Je découvre alors en arrêtant la voiture en mettant le levier sur la position Parking, que celui-ci a 3 autre positions (1-2-3). Valère m’informe que ce sont les vitesses manuelles, qui offrent plus de couple ! Aaaaaah………………………………………………………….. J’aurais dû demander avant de partir, le moteur aurait moins râlé (et moi aussi…) !

 

 

 

 

En l’absence de vent, le lac, tel un miroir sans défaut, reflète parfaitement les courbures vertes de la colline et le bleu du ciel, dont les petits nuages blancs parsemés ça et là donnent l’impression de n’être présent que pour apporter une touche d’esthétisme supplémentaire.

Entres les hautes herbes immergées, quelques petits moucherons semblent marcher sur l’eau, à peine dérangés par les vols acrobatiques des libellules. Et certains disparaissent comme par magie, à la faveur d’un poisson affamé qui vient les gober ! la mode du véganisme n’a heureusement pas atteint les poissons qui sont libre de manger encore ce qu’ils veulent (et visiblement les moucherons sont bien “Bio” !)…

« Le reflet est l’écho de l’image, l’écho est l’image du son » (Sylvain Tesson)

 

Palmant paisiblement sur l’eau, les canards plongent à intervalles réguliers pour manger quelques petits poissons (lesquels avaient mangé un moucheron… Chacun son tour !), avant de s’envoler vers la forêt laissant derrière eux des sillons, qui s’estompent en s’étirant paresseusement à la surface du lac.
Pas un bruit ne vient troubler la quiétude des lieux.

Enfin, presque pas un bruit…

Car un gros pick-up, le moteur rugissant, vient alors déchirer le silence et arrête sa course face à l’auberge en dérapant sur les cailloux. Théolien, un ami québécois de Valère saute de son siège en hurlant joyeusement : “Hey Salut la Compagnie, Tabarouette !”

– Heu, dis moi Valère, ça veut dire quoi « Tabarouette » ?
– C’est une variante plus acceptable de « Tabarnak » ; quand tu sacres (“sacrer” veut dire “jurer”…) au Québec, les mots sont quasiment tous issus du vocabulaire religieux ; mais, il y a une prononciation bien spécifique à respecter : Os’ti (Ostie), Côlisse (calice), Cibouôre (ciboire), Tabarnak (tabernacle), Criss’ (Christ)… et il peut donc y avoir des variantes dans les mots ! Tabarnak, est quasiment devenu une ponctuation !
– Un peu comme le « Put*n » des Français ?
– Oui, c’est même très “polymorphe” : tu peux l’utiliser comme un substantif, comme un verbe ou comme un qualificatif, par exemple si tu dis : « je suis en tabarnak », ça signifie « je suis super énervé » ! Et plus tu veux « sacrer » fortement, plus tu ajoutes des combinaisons ! Par exemple, si tu te fais un peu mal, tu vas dire « Hiii Tabarnak » ; par contre, mettons que tu te tapes un doigt avec un marteau, tu vas plutôt dire « Os’ti’ d’côlisse de Tabarnak », qui est probablement au sommet de la hiérarchie de l’injure !
– Il y a une véritable grammaire dans les jurons ! Mais c’est pas un peu blasphématoire ?
– Si bien sûr… Mais jusque dans les années 60 l’Eglise Catholique bénéficiait d’une influence considérable sur la société Québécoise. D’un côté les Québécois étaient sous domination des anglophones – lesquels dominaient l’économie – et de l’autre, l’Eglise incitaient les fidèles à fonder des familles nombreuses – y compris les plus pauvres (avec des familles de plus de 10 enfants) – pour dominer par le nombre les anglophones protestants, et c’est sans compter les scandales qui ont éclatés par la suite… Finalement, les jurons ainsi issus du vocabulaire religieux étaient un peu des exutoires et sont restés ; c’est tellement rentré dans le vocabulaire, que même des prêtres les utilisent !

Et Théolien d’ajouter : “C’est crissement beau ici ! Tiens, je vous ai apporté un câlice de bon sirop d’érable !”
– C’est “crissement beau” ?
– Oui, les sacres sont aussi utilisés pour nuancer des émotions et des sentiments ! Tu pourras entendre quelqu’un dire “Crisse que je t’aime” par exemple ! 

Nous voilà donc tous les 3 au milieu de la forêt Canadienne, pour y accueillir des groupes de chasseurs (québécois et américains) venus chasser l’orignal (l’élan du Canada). 

Et qui dit « forêt », dit « isolé », dit « connexion Internet des plus incertaines » (et comme l’antenne satellite avait bougé, nous avons dû attendre la venue d’un technicien pour la re-fixer), dit « électricité produite par panneaux solaires », complétés par une génératrice (donc pas toute la journée) et dit eau-pompée-du-lac-pour-se-doucher-et-faire-la-vaisselle. C’est fou comme la vie dans les bois est pleine de « qui-dits »… Dans la forêt lointaine, on entend le coucou “qui-dit” !
Mais pour avoir de l’eau potable, nous devons remplir des bidons directement à la source, laquelle est située… De l’autre côté de la forêt !

 

Comme en témoignent les couleurs changeantes des arbres, l’arrivée de l’automne se précise… « Un automne où il faisait beau. Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique. Là-bas on l’appelle l’été indien » (Joe Dassin… Oui, bon je sais, c’était facile !) !
Les couleurs des feuilles des arbres non pérennes, initialement vertes, prennent des couleurs rouges-orangé et que viennent agrémenter d’une couleur miel, les rayons du soleil automnal.

 

Mais surtout : les températures ont vite joué au yoyo… En effet : en moins de 2 jours, nous sommes passés de 30° à 0° avant de repasser à 25° !
Et pour se chauffer, dans une cabane aux cloisons aussi fines que du papier à cigarette (enfin presque…), nous avons recours à un seul petit poêle en fonte qui, en y sacrifiant des bûches en offrandes, permet de surchauffer la pièce centrale en journée, laquelle se refroidit progressivement la nuit pour devenir glaciale au petit matin… J’avoue que cela rend les sorties de lit particulièrement difficiles revigorantes quand la température dans la chambre atteint à peine les 10 degrés et surtout que je dors en T-shirt et caleçon !
A contrario, Théolien trouve qu’il fait un peu « fraite icitte », et se balade en t-shirt en pleine journée et dors hors de son sac de couchage (oui, on partage tous les 3 la même chambre) ! Diable, ils sont résistant au froid les Québécois !!

Une nouvelle habitude est vite mise en place : sortir du lit – mettre les vêtements de la veille – allumer le feu – faire un café – prendre une douche – se déshabiller – prendre une douche chaude (enfin, quand il reste encore du gaz dans la bouteille… oui, j’ai eu quelques surprises !) – se mettre des vêtements propres – prendre un café chaud !
Je suis ainsi prêt à attaquer la journée !

Vu que je suis aussi venu pour aussi continuer de travailler sur le business plan du projet, quand le temps le permets j’improvise un bureau en extérieur avec une vue imprenable sur le périph’ lac (sinon le plus proche possible du poêle !)

 

Comme c’est l’automne, en plus de la chasse, nous avons pu aussi nous adonner à une activité : la cueillette des champignons !

Mais ça, c’est une autre histoire…

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