Des Hommes et des Temples – Gunung Kawi

Halo halo ami lecteur !

Situé à quelques encablures à peine du site de Tirta Empul, le temple de Gunung Kawi se cache à l’abri d’une jolie petite vallée encaissée, recouverte d’épais arbres tropicaux et au milieu de laquelle coule une paisible rivière.

La voiture garée – l’entrée payée (15 000 rupiah, soit 1 euro) – les invitations à visiter les magasins refusées, nous prenons la direction de la porte qui donne accès au temple. Derrière la porte se dresse un paysage spectaculaire : les marches conduisent ceux qui les empruntent le long de superbes rizières en terrasses (d’un côté et des magasins de l’autre… les fameux marchands du temple).

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Arpentant les quelques 52 mille 270 marches en galets et de hauteurs inégales, nous entamons alors une « petite » descente le long des vertes rizières dans lesquelles s’affairent les fermiers se protégeant du soleil sous leur chapeau conique.

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Entre 2 arrêts pour prendre des photos, nous croisons un groupe de Balinais en vêtements de cérémonie qui remonte lentement du temple, transpirant, haletant mais néanmoins arborant leur éternel sourire !

A la vue du regard pétillant de la grand-mère dont les grains de riz collés sur les sillons de son front, tracés par le soleil et les années, ajoutent au charme de son visage qu’éclaire son grand sourire ! Je me dis alors que la remontée ne doit pas être si terrible, juste un peu rendue difficile à cause de la chaleur qui commence à se faire sentir.

Le Temple :

 

Si l’endroit est déjà très beau par le beau mélange de temples nichés au cœur d’une nature verdoyante, il faut dire en plus qu’il est aussi assez unique dans son genre, car trodlog… tlogrodi… trogrodit… bon, creusé dans le roc, il s’étend de part et d’autre de la rivière Pakrisan.

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Datant du 11ème siècle ce sont 10 sanctuaires, nommés « Candi » (prononcez « tchandi »), importants lieux de cultes d’influence hindou-bouddhique érigés lors de la période « classique indonésienne » (entre le 5ème et le 15ème siècle de notre ère), lesquels sont repartis sur les 2 rives.

Pour l’anecdote, le terme Candi fait référence à Candika, la violente et impétueuse déesse de la mort, femme du Dieu destructeur Shiva.

Cinq d’entre eux seraient les tombes du roi Udayana et de sa famille (sa femme Mahendradatta, et leurs fils Airlangga, Marakata et Anak Wungsu), alors que les autres, situes sur l’autre rive seraient dédiées aux favorites d’Anak Wungsu.

J’écris tout au conditionnel car, inspirés des temples d’Ajanta en Inde, on ne sait pas bien si ce sont de monuments funéraires ou seulement commémoratifs. Et le conditionnel est d’autant plus de rigueur qu’une autre théorie avance que le temple aurait été bâti en l’honneur d’Anak Wungsu (le fil d’Udayana et qui régna aussi sur Bali), de ses épouses et ses concubines, alors que les temples de la rive ouest seraient dédiés à ses ministres…

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Quoiqu’il en soit, les marches conduisent donc à l’entrée du temple où l’on découvre d’immenses niches de 7 mètres de haut, creusées dans la roche, dans lesquelles sont encastrés les dits « candis ». Le temple dédié à la famille royale fait face à un autre temple et auquel est attenant un monastère troglodytique (aaaaah « troglodyte », c’est bien ça le mot que je n’arrivais pas à écrire !), situés sur la rive opposée de la rivière Prakisan.

Pour y accéder, on franchit un petit pont en pierres, pour y découvrir les cellules du monastère creusées dans le roc (oui, c’est le principe d’un habitat troglodytique…) et un énorme bassin dans lequel s’écoule de l’eau d’une source sacrée.

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Si l’on retient l’idée que le temple est dédié au roi de Bali, Udayana (hindouiste) et à sa femme Mahendradatta la Princesse de Java (bouddhiste), alors le temple revêt un symbole encore plus important : celui d’un lien créé par l’amour… L’unification des 2 iles rivales (Java et Bali) devenues ainsi alliées, non pas par une conquête guerrière (à la façon masculine), mais plutôt par une conquête amoureuse (à la façon féminine).

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Mais quelque soit l’hypothèse retenue, il y a cependant une certitude : les Candis de Gunung Kawi ne sont pas des tombes à proprement parler. En effet, dans la tradition hindouiste le défunt est incinéré, permettant ainsi de libérer l’âme (accompagnée alors des éléments cosmiques – l’eau, l’air, la terre, le feu et l’espace – pour rejoindre la libération éternelle, “le Maksha”) et ses cendres sont précieusement gardées dans les temples familiaux de la propriété. L’âme rejoint ainsi les ancêtres et veille sur la famille en attendant d’être réincarnée dans un nouveau-né.

 

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Sur l’autre rive, une fois les temples et cellules visités, nous poursuivons notre balade un peu en dehors du sentier battu qu’est l’enceinte du temple, en grimpant les marches irrégulières que composent les rizières en terrasse et nous laissons nos pas décider du chemin à prendre au grès des rebords sinueux. Ce qui rend la balade amusante, c’est que le rebord des rizières est particulièrement étroit : en effet, la largeur ne dépasse pas 2 pieds, ce qui rend tout croisement de randonneurs ou de fermiers, assez périlleuse !

En effet comment continuer son chemin sans que l’un ou l’autre (voir les 2) ne tombe dans l’eau boueuse de la rizière la plus proche ?  Et c’est encore plus rigolo quand on est à l’aplomb de la rivière et ses rochers et qu’on a un poil le vertige…

Une autre question me taraude l’esprit, alors que je glisse à chaque pas : Mais pourquoi j’ai mis des tongs aujourd’hui ?

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La nature, en communion avec le calme des temples appelle à se poser et profiter du spectacle : le chant cristallin de l’eau qui coule dans la rivière, bondissant d’un rocher à l’autre, se mêle au doux bruissement des feuilles des arbres et aux réguliers coups de sarcloirs des fermiers pour couper les mauvaises herbes. Aucun bruit de mobylette, même lointain, ne parvient à troubler la quiétude des lieux et tout aspire à une belle harmonie naturelle et à la contemplation. On comprend pourquoi les moines tout comme Anak Wungsu aimaient venir méditer, loin des fastes de la cour.

Et quand la poésie de la nature se combine aussi bien avec les légendes locales, on se dit que Gunung Kawi mérite bien son nom, puisqu’il signifie littéralement « Le Mont aux Poètes ».

 

 

Car à propos de légende…

 

La légende :

A Gunung Kawi, celle-ci prétend que c’est le géant Kebo Iwa en personne qui aurait ciselé les 10 Candis.

Mais pour réaliser ce travail titanesque et néanmoins magnifique, j’ai une question pour vous : A quel outil, le géant aurait-il eu recours ?

  1. Une pioche?
  2. Une petite cuillère en argent ?
  3. Ses ongles ?
  4. Un cure-dent ?

Votre réponse ?…

On fait un 50/50 ou un appel à un ami ?

Non ?

Et bien la bonne réponse est la C, ses ongles (Bravo ! ou pas…) !

Et quand on connait le crissement particulièrement aigu et désagréable des ongles contre la pierre, à faire des frissons dans le dos, on se dit que ça devait être très agréable comme boulot ! J’espère en tous cas qu’il avait un casque anti-bruit, comme c’est de rigueur sur tous les chantiers en Indonésie (euuuuuh…).

 

Contrairement à de nombreux temples à Bali et vu qu’il est originellement creusé dans le roc, il a une autre particularité : c’est le seul qui n’est pas détruit pour être reconstruit, mais au contraire il est maintenu en l’état.

Sinon, j’imagine que le géant Kebo Iwa ferait un peu la tronche, s’il devait recreuser les Candis avec ses ongles à chaque fois… Y’a des camarades travailleurs qui se sont mis en grève pour moins que ça !

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En effet, selon la tradition Hindouiste et à l’image du cycle des réincarnations (et donc des rôles des différents Dieux, cf article précédent), on ne restaure pas un temple mais on en rebâtit un nouveau sur les bases de l’ancien devenu trop vieux.

Ainsi, aux briques orangées et pierres albâtres calcaires qui étaient utilisées alors jusqu’à présent, on préfère désormais d’utilisation de pierres volcaniques, bien noires, moins esthétiques, mais revanche nettement plus solides (et moins chères).

Car pour les Hindous, c’est la symbolique du lieu qui fait son importance, plus que la beauté architecturale et les matériaux utilisés pour la construction du bâtiment…

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Enfin, c’est bien beau tout ça, mais un nouveau temple nous attend, celui de Goa Gajah et pour rejoindre la voiture, du fond de la vallée, il faut donc remonter les 52 mille 270 marches en galets…

Ouah en fait sous le soleil, le retour n’est pas si facile, d’autant plus que les marches ont des hauteurs particulièrement inégales ! Et moi qui faisais le malin à la descente…

1… 2… 3… 4… 5… 6… 7… 8… 9… 10 !

– Dis moi Agus, on peut s’arrêter faire une petite pause ? Agus ? Agus ? Aguuuuus ? Ah ben mince, il est déjà plus haut…

11… 12… 13…

… 25 marches !

– Agus, j’ai soif !!

… 30 … 31… 32… 33…

– Aïe, je me suis foulé la cheville sur le galet pointu !

– arrête ton cirque ! On vient juste de commencer, là !

– mais non, mais pas du tout…

42… 43… 46… heu pardon… 44… 45… 46…

 

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… 75 marches !

Tiens, on croise des gens qui font les malins en descendant… Vous rigolerez moins au retour !

… 100 marches…

– pfff c’est long… très long…

… 150 marches…

– oh ben c’est joli ici Agus, attends, je vais m’arrêter 15 minutes faire 1 petite photo des rizières, hein ?

– A propos de rizières, tu sais comment s’appelle la Déesse du riz ?

– Tante Ben, la femme d’Oncle Ben ?

– Non, Dewi Sri. On a même des jours spéciaux pour lui rendre hommage, selon les cycles de culture.

– Dis mois Agus, comment tu fais pour monter les marches, en parlant et sans être essoufflé ?

– Ben s’est juste une petite balade tranquille, là… Si tu veux plus sportif, tu peux aller monter le mont Agung !

… 180 marches…

– ooooooh y’a des jolis petits magasins… Attends Agus, je vais m’arrêter 5 minutes, pour regarder ce qu’il vendent ! Ohhhh des belles sculptures sur noix de coco ! C’est beau, hein ? Attends, je regarde un peu… c’est impressionnant comme c’est bien travaillé… Ah non, pardon Madame, je ne veux rien acheter… seulement regarder (Et surtout trouver une excuse pour faire une pause !) !

210 marches…

240 marches…

270 marches !

Yalaaaaaa !!!!

Je ne sais pas pourquoi, mais je sens que demain je vais avoir mal aux cuisses !

(Note pour plus tard : se remettre SÉRIEUSEMENT au sport…)

En tous cas, je comprends mieux pourquoi ils transpiraient autant les Balinais et pourquoi ils souriaient tout à l’heure : ils savaient ce qui allait nous attendre au retour ! Et vu qu’ils viennent tous les jours et à plusieurs reprise, juste pour déposer des offrandes au temple comme ça, comme disait chantait Aretha Franklin :

“R-E-S-P-E-C-T
Find out what it means to me
R-E-S-P-E-C-T
Take care, TCB
Oh (sock it to me, sock it to me, sock it to me, sock it to me)
A little respect (sock it to me, sock it to me, sock it to me, sock it to me)
Whoa, babe (just a little bit)
A little respect (just a little bit)
I get tired (just a little bit)
Keep on tryin’ (just a little bit)”

Et sur ces notes Rythm and Blues, nous prenons la route en direction du dernier temple : Goa Gajah !

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Et pour contacter Agus (Agus Yudiarta) lors d’un séjour à Bali, voici ses coordonnées :
– e-mail : coker_mthz@yahoo.fr
– numéro de téléphone : +62 812 368 89 36
– site web : http://baliagusvoyage.blog4ever.com

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