Chiang Rai, aux portes du Triangle d’Or…

 

Sawadee Khrap Ami Lecteur,

(Etapes du voyage : 1 jour à Bangkok1 jour à Ayutthaya2 jours à Bangkok3 jours à Chiang Mai – 1 jour à Chiang Rai2 jours à Sukhothai 4 jours à Siam Reap3 jours à Kho Phi Phi – 3 jours à Krabi – 1 jour à Bangkok).

 

Chiang Mai et plus encore Chiang Rai est LA région des trekks en Thaïlande et c’est assez régulièrement que nous sommes sollicités par différents guides d’agences plus ou moins sérieuses. En résumé : si tu ne vas pas au trekk, c’est le trekk qui vient à toi.

Ainsi, attablés à boire des Singhas après une belle journée de découverte de la ville, nous faisons connaissance avec un guide local qui se propose de nous faire découvrir « les merveilles du nord ». Après discussions et négociations (pas qu’avec le guide d’ailleurs), nous ne ferons pas de randonnée en montagne (le trekk, donc, car le temps manque), mais une grosse excursion en mini-van (oui, un peu moins difficile… sauf le réveil !) en direction de Chiang Raï, à la rencontre des ethnies locales.


Oui, bon, finalement on ne verra pas les ethnies, en particulier les Karen (non pas Cheryll… désolé, je sais c’est nul, mais j’ai pas pu résister… snifff), connus pour ses « femmes girafes ». Ils représentent la plus grande majorité des ethnies montagnardes.
Les Karens… Venus des hautes terres de Birmanie, ils résident depuis plus de 3 siècles dans le nord de la Thaïlande. Considérés comme de dangereux indépendantistes, ils font l’objet de nombreuses répressions par la junte birmane, qu’ils ont massivement fuits en 1950 et se sont alors regroupés en villages (pour ne pas dire parqués), d’abord encadrés par l’amée thaïlandaise, et possèdent le statut de réfugiés politiques. Dès leur plus jeune âge, les femmes se parent de colliers empilés autour du cou, ce qui a pour double effet de l’agrandir (en fait, ça appuie sur les épaules) et de leur donner ce sympathique sobriquet. La visite des minorités ethniques regroupées dans leurs villages, façon parc (il faut payer pour entrer) et avec le déferlement des bus de touristes, s’apparente malheureusement à une visite de zoo… (bon d’accord, c’est un peu exagéré, il n’y a pas de cages…)

Donc, très tôt le matin (très, très tôt), le guide vient nous chercher à la guesthouse.

La route est longue (3h en van). Mais la route est belle et les paysages splendides : là où ne se trouvent pas quelques cultures en terrasse, la dense végétation recouvre les montagnes. Aux sommets, les nuages semblent attachés à la cime des arbres, alors que plus en aval, les eaux tumultueuses des rivières se fraient des chemins entre les rochers, se reposant par endroit dans de belles vasques naturelles avant de reprendre leurs courses folles, le long de la forêt.

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La Ville des Rois, c’est la traduction de Chiang Raï.

Fondée en 1262 par le Roi Mengraï,

Elle devint la première capitale du royaume de Lannathaï,

Avant de décliner, au profit de Chiang Maï.

Elle est animée par 62 000 âmes qui travaillent.

L’ambiance est agréable et les rues sans racailles.

Ici plus qu’ailleurs la cuisine se fait à l’aïe.

ça brule la langue et ça pique zaïe zaïe zaïe zaïe…

 

(c’est pas la classe ce poème fait que de rimes en « aï » ???).

 

C’est aussi ici, qu’en 1432 apparut le Bouddha d’Émeraude, qui est à ce jour la plus importante représentation de Bouddha et qui, après quelques facétieuses péripéties (des guerres principalement) dont l’histoire – cette coquine – a le secret, loge désormais au Wat Phra Kaew de Bangkok (cf le brillant article “Un peu plus de Bangkok”).

 

Dans cette région une frontière célèbre sépare la Thaïlande de deux autres pays : le Laos et le Myanmar (Birmanie).

Frontière célèbre ? Oui parce que cette zone est plus connue sous le nom de… (Attention, pointillés… suspens et information majeure)… « Triangle d’Or ».

Tadaaaa (ça, c’est pour augmenter l’effet dramatique)

« Triangle », car elle regroupe 3 pays voisins.

Et « Or » car elle était à l’origine d’un énorme trafic de drogue dans toute l’Asie et parce que les fleurs de pavot sont blanches. En effet, les habitants y cultivaient abondamment le pavot (Papaver somniferum) qui permet de produire de l’opium, lequel donne par concentration la morphine (en production légale) puis l’héroïne (qui est beaucoup moins légale).

La culture était à l’origine pratiquée par les tribus locales pour un usage purement traditionnel (c’était une tradition d’être défoncé ?), donc en très faible quantité. Mais certaines personnes, plutôt mal intentionnées, y ont vu la possibilité de créer un véritable business, sans que ça profite d’ailleurs trop aux paysans producteurs…

 

Elle n’a donc rien à voir avec le Triangle d’or célébré par le grand poète et troubadour de la chanson française, Herbert Léonard :

“Je n’ai qu’un pays
Celui de ton corps
Je n’ai qu’un pêché
Ton triangle d’or » (tout en finesse le Herbert !)

 

Et cela n’a aucun rapport non plus avec le triangle d’or mathématique, à savoir le triangle isocèle dont le rapport du grand côté sur le petit est égal au nombre d’or, soit 1,618… Le célibrissime nombre d’or qui a traversé les civilisations et que l’on retrouve au cœur des pyramides de Guizeh, sur les façades des temples grecs, dans les constructions des cathédrales gothiques et même chez certains peintres !

Non vraiment, rien à voir…

 

Nous découvrons donc la région par une remontée en bateau le long du Mekong et faisons escale sur une petite île appartenant au Laos (on ne prononce pas le « S »), dont le seul intérêt est un ours local qui semble profondément s’ennuyer… Sinon, on peut y acheter alcool, cigarettes et productions locales (non, pas d’opium), pour encore moins cher qu’en Thaïlande !

A croire qu’on a finalement tous besoin d’un pays plus pauvre que soi…


Si le triangle d’or suscite l’imaginaire collectif et véhicule de nombreuses représentations d’une région difficile d’accès, peuplée de petits paysans cultivateurs dans des champs colorés balayés par le vent le long du Mékong, de contrebandiers évoluant à flancs de montagnes embrumées, chargés des fruits des récoltes. Mais aussi de narco-trafiquants en tous genres et gros mafieux, de corruption, de crimes organisés, de trahisons et règlements de compte associés dans des ruelles sombres de grandes villes…

Aujourd’hui, la dénomination “or” symboliserait plutôt les recettes engendrées par le flot de touriste accueillis par un grand panneau surplombant de mékong : « Welcome to Golden Triangle ».

La région est belle, mais finalement moins vierge qu’espéré : ici, le Mékong dessine de douces courbes rouges, le long de montagnes verdoyantes dont les sommets déchirent par endroits les nuages, laissant ainsi s’épanouir timidement le bleu du ciel.

 

Après un bon repas (c’est dingue ce qu’on mange bien dans ce pays), nous partons visiter un nouveau musée : le « Hall of Opium », récemment construit sous l’influence de la mère du roi, afin de présenter … (quoi donc ami lecteur? attention, il y a un piège…) : le point de croix, son origine et son influence dans la culture Karen. Tout un programme…

 

Ben non de l’opium bien sûr, d’où son nom !

(C’est bien, tu ne t’es pas fait avoir !)

Et surtout, comment une simple plante, cultivée par tradition ancestrale (donc sous-entendu « pour être défoncé et rire bêtement toute la journée », mais dans le cadre privé de la tribu ; vive les traditions !) fut à l’origine de guerres, destructions, ré-organisations géopolitiques…

Et bien sûr : sensibiliser le public aux risques de la drogue. On ne le dira jamais assez : bouh, la drogue c’est pas bien !

(Comme quoi, le bon est l’ennemi du bien…).

 

Mais ce qui rend le musée différent d’un énième exposé lénifiant sur le thème « la drogue, ce fléau », c’est qu’il présente le problème dans sa globalité et, j’ai envie d’ajouter, dans sa complexité, à travers de l’origine historique, des implications géo-politique et économique, mais aussi des effets des dérivés opiacés (et comment ils étaient utilisés, y compris dans des produits « légaux »), avant de présenter les peines encourues et de ponctuer la visite en invitant les visiteurs à quelques instants de méditation au travers de témoignages.

A propos des peines encourues, la différence entre les pays occidentaux et les pays asiatiques est assez radicale : si en Europe ou aux Etats Unis, le traffic est passible de prison (quelques années qui seront toujours réduites avec les remises de peine) et de grosses amendes, en Asie en revanche c’est la peine de mort qui prévaut, ou des emprisonnements à vie (ce qui, compte tenu des conditions “d’hébergement” revient un peu au même)…

Aujourd’hui, plus de 1000 Français sont emprisonnés à l’étranger pour pour avoir transporté de la drogue, que ce soit volontairement, ou pire à leur dépend (la presse relate régulièrement ce genre de faits divers).

Et pour citer un dernier chiffre éloquent : en Indonésie, la simple possession de 0,2 g de drogue et une carte qui envoie directement en prison, sans passer par la case départ et sans toucher 20 000 francs…

 

La visite, prévue pour ne durer qu’une heure, s’éternisera un peu plus : le musée est très bien fait et hyper intéressant : didactique, interactif, et certaines reconstitutions, comme les quais de déchargement, les fumoirs, les collections d’ustensiles… sont impressionnantes : on s’y croirait !

 

L’histoire de la construction du Hall of Opium (http://www.goldentrianglepark.org), n’est pas non plus dénuée d’intérêt. Je ne résiste pas d’ailleurs à vous en faire un petit résumé : La princesse Srinagarindra (un cadeau à qui arrive à le prononcer du premier coup sans se tromper), décida de mettre en place des productions de substitution à la culture du pavot (principalement café et tabac), de développer l’artisanat local, réhabiliter les forêts, le tout pour lutter contre le trafic d’opium et améliorer les conditions de vie des populations locales (qui perdaient une source substantielle de leurs revenus en abandonnant la culture du pavot).

Et pour mieux transmettre la connaissance, de façon ludique, quoi de mieux qu’un musée (bien fait, c’est encore mieux) ?

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Le Pavot : les graines du fléau…


En fait, ce qui est récoltée, c’est la sève contenue dans les canaux du bulbe de la plante, les laticifères. Le latex issu des incisions est récupéré et solidifié en pains d’opium, de couleur marron. Chaque tête peut produire de 0.2 à 2 g d’opium brut. Le principal alcaloïde actif est la morphine, qui peut constituer jusqu’à 10% du poids sec.

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De la morphine, on peut synthétiser ensuite l’héroïne par réaction chimique faisant intervenir, entre autres, de l’anhydride acétique, de l’ammoniaque, de la soude et plein d’autres bonnes choses.
Le plus étonnant, c’est que l’héroïne fut synthétisée pour la première fois à la fin du 19è pour être utilisée dans des sirops antitussifs, considérés comme mir
aculeux pour soigner certaines maladies, en particulier la tuberculose (non seulement ils stoppaient la toux, mais en plus ils supprimaient la douleur). Très populaires (merci la publicité) et efficaces, ils restèrent commercialisés par le laboratoire Bayer, alors qu’était démontré depuis longtemps le caractère toxicomanogène de l’héroïne.

Aujourd’hui, elle est considérée comme hautement illégale un peu partout dans le monde, mais est utilisée en soins paliatifs dans certains pays d’Europe (Suisse, Allemagne et Angleterre).


Petite tentative de résumé historique…

Des recherches archéologiques (tous des drogués ces archéologues !) ont démontré que l’opium était utilisé depuis plus de 5000 ans, et ont situé le point de départ en Suisse (tous des drogués ces Suisses !).

Son utilisation, répandue le long de la Méditerranée, était principalement médicale et rituelle, d’abord chez les Sumériens, puis au temps de la Grèce et de la Romantique (oups, pardon : de la Rome antique) ainsi que de l’Egypte pharaonique.

Puis elle s’est étendue en Europe, en Asie et en Amériques à partir du Moyen Age, jusqu’au milieu du 18è siècle.

Entre le 17è et 19è siècle, la mondialisation voyait l’Europe s’imposer comme maître (ou maîtresse, plutôt) absolu des échanges et de dicter ses conditions aux quatres coins du monde.

Avec quelques siècles de recul et le ré-équilibrage des forces, le développement de pays dits « émergeants » et quelques crises économiques, il faut avouer que notre monde est mal foutu : un globe avec des coins, j’ai jamais vu ça (enfin, passons)…

Ainsi le Royaume Uni, la France, les Pays Bas, le Portugal, l’Allemagne… se sont positionnés comme leaders commerciaux et ont permis l’émergence de grosses compagnies multinationales dans le but de diriger une partie des échanges, les mythiques « Compagnie des Indes ». Elles dirigeaient le commerce entre la métropole européenne et ses colonies. A noter que « Inde » ne signifiait pas que le pays, mais en fait les nouveaux territoires atteints soit en passant par l’est (les « indes orientales »), soit par l’ouest (les « indes occidentales »).


Les guerres de l’opium sont en réalité des conflits engendrés pour des raisons commerciales, entre la Chine et plusieurs pays occidentaux au 19è siècle.

Le marché de l’opium, à l’origine mineur, car utilisé principalement en médecine, avait explosé et sa consommation généralisée (les fumoirs avaient pignon sur rue dans les rues chinoises), avec de lourdes conséquences au sein de la population.

Le gouvernement Qing, voulant interdire la consommation et le commerce de l’opium, rédigea une série de lois « anti-opium ».

Ceci ne fut pas du goût des Anglais, qui souhaitaient continuer de l’exporter de l’Inde Britannique vers la Chine ; en effet, cela permettait de bien rentabiliser les bateaux de la compagnie des indes (l’opium étant alors produit dans une colonie anglaise) ; les Anglais, veritables drogués de thé, importaient d’importantes quantités de cette plante. De plus, ils achetaient beaucoup de porcelaine, de vêtements en soie, alors que les Chinois achetaient peu de produits britaniques.

Ils sont pas fous ces Chinois… qui aurait envie de produits anglais, sachant que ni MG, ni Aston Martin, n’existaient à cette époque !


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D’ici à dire que les Anglais ont bien contribué à mettre le bazar dans cette partie du monde, il n’y a qu’un pas… Et d’ailleurs s’il n’y avait que là !

Bon, c’est vrai, nous autres Français, étions assez doués aussi. Et encore je préfère éviter de parler des Allemands, des Portugais et des Espagnols…

 

Dans les faits, se sont deux guerres qui se sont succédées : la première de 1839 à 1842, avec comme protagonistes principaux les Anglais et les Chinois.

La deuxième se déroula entre 1856 et 1860, durant laquelle les anglais furent rejoints par la Russie, les Etats-Unis et la France (!). Tout ça parce qu’ils avaient mal négocié après la première guerre…

La Chine, perdit les deux guerres. Rhaaa les mauvais… perdre contre les anglais ! La honte !!! Nous au moins…heuuuu, oui, bon, j’ai rien dit !

 

Les conséquences furent dramatiques pour l’empire du soleil levant : autorisation contrainte et forcée du commerce de l’opium, ouverture de ports, mise en place de traités inégaux, une armée et un peuple humiliés (mais qui va pouvoir continuer à fumer comme des gros nazes, après faut pas s’étonner de perdre la guerre, aussi !), des finances exsangues (suivi de la chute de la dynastie Qing dont l’empereur, Puyi, n’avait que 6 ans, l’invasion des japonais, puis des communistes), le leg de Hong Kong à la Grande Bretagne, l’arrivée du Cricket,du Gin et de la sauce à la menthe…

 

Et pour nous remettre de ces émotions historiques, une petite visite d’un temple local, en préparation pour le Bouddha’s day (les bouddhistes sont reliés à la statue du Bouddha par les ficelles qu’ils s’accrochent autour de la tête).

La journée en mini Van se poursuit vers une ville frontière du Myanmar (Birmanie). Les 2 pays sont ici reliés par un pont entre les 2 postes frontières, et, si les gens semblent aller et venir facilement, la porte de l’autre côté donne l’impression de pénétrer dans le Mordor…

Quant à la ville, elle a le charme d’un poste frontière… du coup, on nous fait visiter un atelier de jade (et bien sûr le magasin associé), afin de nous montrer comment de la jade brute, on peut arriver à des bijoux et des objets déco dont le bon goût ne semble pas faire partie du cahier des charges.

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L’aventure au nord touche à sa fin… Mais avant de rejoindre le Sud, une petite étape sur le trajet s’impose (oui, on n’a pas visité assez de temples…) : Sukhothaï !

 
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