Randonnée au Vignemale : une boucle originale de 5 jours entre la France et l’Espagne – les Pyrénées Grandeur Nature !
Le parc National des Pyrénées offre de très belles opportunités de séjour de randonnée en itinérance, de refuge en refuge.
Voici le récit et les photos d’une magnifique randonnée itinérante de 5 jours dans les Pyrénées, que j’ai effectuée en juin 2025 au départ du Pont d’Espagne à Cauterets au cœur du Parc National des Pyrénées, entre passage de cols entre la France, l’Espagne, des cascades, des lacs, des marmottes, des aigles, des bouquetins, des isards et, en apothéose, une vue sublime sur le Vignemale !
| ⛰️ La Rando en Bref : | |
|---|---|
| 📍 Départ : | Parking du Pont d’Espagne (Cauterets) – Accès payant (Forfait séjour possible). |
| 🔄 Type d’itinéraire : | Boucle / Itinérance en refuges. |
| 💪 Difficulté : | Difficile / Montagnard – Passages techniques (corniches, pierriers instables) – Névés tardifs possibles, – Orientation parfois délicate côté espagnol (cairns discrets) |
| ⏱️ Durée : | 5 jours / 4 nuits |
| 📏 Distance : | 60 kms environ. |
| 📈 Dénivelé (D+) : | + 3400 m (en cumulé) |
| 🏔️ Altitude Max : | 2 750 m (secteur Col de Cambalès / Piedrafita) |
| 🗓️ Meilleure saison : | De fin juin à début octobre (hors neige) |
📅 Découpage des étapes :
🎒 Matériel Spécifique Recommandé :
Bâtons de randonnée : Indispensables pour les nombreux pierriers et traversées de gués.
Crampons légers (ou « micro-spikes ») : Fortement conseillés en début de saison (juin/début juillet) pour les cols espagnols (Piedrafita, Letrero).
Vêtements chauds & imperméables : Météo très changeante à la frontière, même en été.
Espèces : Les refuges espagnols et français prennent la carte bleue ; mais avoir des espèces est utile en cas de panne de TPE.
🗺️ Cartes recommandées : Carte IGN 1647 OT (Vignemale) & Carte Rando Éditions n°24 (Gavarnie-Ordesa).
💡 L’avis de Pidjay :
Cette boucle est une magnifique alternative au Tour du Vignemale classique. Elle offre des paysages beaucoup plus sauvages et minéraux côté espagnol.
Si vous avez le vertige ou peu d’expérience en orientation, privilégiez la seconde moitié de l’été (août/septembre) pour éviter la neige, ou partez avec un guide.
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Jour 1 > Randonnée itinérante dans les Pyrénées : La vallée du Marcadau depuis le Pont d’Espagne à Cauterets, vers le Refuge de Wallon-Marcadau.
En ce lundi ensoleillé de 23 juin 2025, je charge ma voiture de mon sac, mes bâtons et chaussures de randonnée et passe chercher mon ami Parcival (Prénom changé pour conserver l’anonymat) et partons en direction de Cauterets.
Arrivés quelques 3h30 plus tard, nous garons la voiture sur le parking du Pont d’Espagne à quelques 1500 m d’altitude.
Parcival, c’est un ami avec qui j’étais parti faire la traversée des glaciers de la Vanoise l’année précédente.
Fan de randonnée et encore plus d’escalade – et d’ambiance alpine (pas la voiture…) – il nous a concocté un petit programme de 5 jours de randonnée itinérante dans les Pyrénées depuis le Pont d’Espagne, entre la vallée du Marcadau et la vallée de Gaube, en passant par l’Espagne et le Vignemale :
> Jour 1 : Pont d’Espagne -> Refuge de Wallon-Marcadau.
> Jour 2 : Refuge de Wallon-Marcadau -> Refuge de Respomuso
> Jour 3 : Refuge de Respomuso -> Refuge de Bachimaña
> Jour 4 : Refuge de Bachimaña -> Refuge des Oulettes de Gaube
> Jour 5 : Refuge des Oulettes de Gaube -> Pont d’Espagne.
Ainsi, arrivés au Pont d’Espagne, nous sortons nos sacs à dos (où je constate alors que Parcival a réussi à faire un sac 2 fois plus compact que le mien… je crois que je suis jaloux ne sais pas voyager léger), laçons nos chaussures et déployons nos bâtons.
Je fais un crochet par l’accueil pour informer l’équipe que nous partons en randonnée 5 jours et laissons la voiture sur le parking pour la semaine. La personne de l’accueil prend mon nom, l’immatriculation de la voiture et mon numéro de mobile « au cas où » me dit elle (heu, comment ça « au cas où » ?).
Elle m’annonce aussi une bonne nouvelle : si le tarif de la journée de parking au Pont d’Espagne est à 8 euros, pour les randonneurs qui y laissent leur voiture plusieurs jours, le forfait passe alors à 11 euros pour toute la durée du séjour, quel que soit le nombre de jours.
A peine partis à 13h30 (pas très matinal pour un premier jour de randonnée), nous nous rendons vite compte que nos téléphones mobiles ne captent plus de réseau. Et vu le parcours, cette semaine s’apparente presque à une ébauche de détox de téléphone mobile donc !
Nous traversons une belle forêt le long d’un chemin bien balisé (à tel point balisé qu’il ressemble presque à une voie romaine) passons le fameux pont d’Espagne qui enjambe une belle cascade entourée de sapins, avant d’arriver à l’hôtel du Pont d’Espagne qui offre lui aussi un beau panorama sur une très belle série de chutes d’eau.
Le lieu est à ce point touristique, que des zones ont été aménagées pour se prendre en photo au plus près des cascades.


Nous poursuivons notre chemin à travers la forêt, jusqu’à arriver au télésiège de Gaube.
Là, nous contournons le bâtiment par la droite et prenons le chemin indiqué par le panneau « Vallée du Marcadau par rive droite » et longeons la rivière sur sa rive droite donc (c’est bien fait ces panneaux quand même !).
Ceci dit (spoiler alert), de nombreux ponts et passages à gués nous feront passer de part et d’autre de la rivière tout au long de l’ascension…
C’est donc parti pour une belle ascension de 2h30, le long du gave et des multiples ruisseaux qui l’alimentent.
Nous passons traversons de belles prairies verdoyantes et fleuries dont la première est équipée de remontées mécaniques, qui alternent avec de belles forêts à flanc de montagne.
Juin est un mois idéal pour randonner en montagne, tant les couleurs sont belles : l’herbe est dense, les fougères déployées et les fleurs multicolores (rhododendrons, primevères, pissenlits, boutons d’or, campanules, digitales, anémones…) ajoutent des teintes vives et de belles senteurs mêlées à celle des sapins et de la terre chauffée par le soleil.



Nous traversons le gave du Marcadau en plusieurs points, grâce à des petits ponts et quelques passages à gués (avec toujours le risque, soit de glisser, soit de remplir les chaussures d’eau), et après avoir arpenté un grand pierrier, nous trouvons un endroit de rêve pour pique-niquer : au bord de la rivière, à l’ombre d’un sapin et face au Pic de Gaube (alt. 2377 m).


Parcival avait acheté du bon pain, des tomates cerises, du fromage, du saucisson, du jambon et des pêches… Pour un premier pique-nique, c’est un véritable festin !
N’ayant pas de café pour ponctuer le pique-nique, nous reprenons notre marche, le long de la rivière, jusqu’à une intersection.
Là, nous prenons la direction de Wallon nous faisant traverser une dernière fois le gave du Marcadau, puis le chemin s’enfonce dans une belle forêt, en serpentant à flanc de montagne.
Le sentier est bien aménagé, avec des pierres disposées telles des marches, laisse à penser qu’il est bien fréquenté. Il est d’ailleurs tellement bien arrangé et tracé qu’il n’y a d’ailleurs pas de balisage. Donc, sauf à y mettre une sacrée dose de mauvaise volonté, il est impossible de se perdre.

Nous dépassons des bergers qui accompagnent un troupeau de moutons et brebis dans les alpages, aidés d’un Border Collie qui canalise les bêtes qui seraient tentées de s’échapper. Le chien nous laisse passer dans l’indifférence la plus totale, sans nous regarder ni aboyer… Cette race est vraiment plus sympa que les Patous (ceci dit, ils n’ont pas les mêmes rôles auprès du troupeau) !
Les cloches du troupeau carillonnent à tout rompre et cette mélodie pastorale rend d’ailleurs un bien meilleur hommage à la fête de la musique que certains groupes entendus dans les rues de Bordeaux quelques jours plus tôt…

Plongés dans la forêt, baignés d’une douce lumière qui traverse les sapins et les bouleaux, nous apercevons au loin les sommets dont certains sont couverts de névés.

Puis, à la sortie de la forêt, nous passons sur une crête rocheuse qui se prolonge en un petit promontoire lequel offre une belle vue sur le refuge de Wallon Marcadau perché à 1965 m d’altitude, que nous rejoignons en quelques enjambées.

Arrivés à destination à 16h30, après quelques 8,5 kms, nous faisons le check-in, et allons déposer les affaires dans notre dortoir.
Le refuge a été refait récemment et les dortoirs sont divisés en petits groupes de 4 lits. C’est super confort (il y a tout de même 112 couchages).
Ici, il n’y a pas de réseau 4G, ni de wifi… La déconnexion est bien confirmée !
Nous faisons une pause pour nous hydrater d’une bonne bière, face à un paysage grandiose : en contrebas du refuge coule une petite rivière dans une prairie, qu’entourent de belles barrières montagneuses dont on distingue et surtout le Vignemale (3298 m) caché derrière une barrière de pics acérés, dont le Pic Wallon (2645 m) qui donne son nom au refuge.


A quelques encablures au-dessus du refuge est érigée une petite chapelle que nous décidons d’aller voir après la petite pause, et avant d’aller plonger nos pieds dans l’eau glacée du torrent, afin de les délasser.
En sortant de ma douche plus tard, un randonneur me dit s’y être baigné et qu’elle était plutôt froide (sans blague ?) mais revigorante (je veux bien le croire, là…).

De retour au refuge, alors que le linge sèche au soleil, nous prenons un petit apéritif en attendant le dîner (prévu à 19h00), où nous retrouvons les bergers croisés plus tôt qui dégustent aussi une bonne bière bien fraîche.
Après un bon repas – constitué d’une soupe, d’une daube accompagnée de riz, du fromage et un brownie chocolat-coco – et de grosses discussions avec des randonneurs et des pêcheurs de truite passionnés (et bien que supporteurs du Stade Toulousain et non pas de l’UBB, ils étaient sympas et rigolos quand même) nous partons prendre un peu l’air sur la terrasse face aux montagnes.
Au loin, sur l’autre rive de la rivière, les cloches du troupeau retentissent, les moutons et brebis prennant possession des flancs de la montagne, bien gardés par un patou.
Alors que le soleil a disparu derrière les montagnes, nous regagnons le dortoir à 22h00, car c’est déjà l’heure de l’extinction des feux.
Et avant de m’endormir, je caresse le secret espoir que la marche au cours des 4 prochains jours sera aussi facile que cette première journée (Spoiler Alert : non, pas du tout !) et que les paysages seront aussi beaux (Spoiler Alert : absolument, voir encore plus beaux !).
Avec 2h15 de marche, 8,5 kms parcourus et 508 m de dénivelé positif (et 110 m de dénivelé négatif), sous le soleil et avec de beaux paysages colorés, force est de constater que cette première journée était une chouette petite promenade de remise en jambe pour ouvrir le bal de ces 5 jours !
Jour 2 > Du Refuge de Wallon-Marcadau (en France) vers le Refuge de Respomuso (en Espagne), par le col de Cambalès & le Port de la Peyre Saint Martin.
Je ne sais pas si c’est au fait que c’est la première nuit en altitude, ou fait que la température élevée durant la nuit (le refuge est bien isolé), mais force est de constater : je n’ai pas super bien dormi.
Ainsi donc, réveillé à 6h00 du matin par les claquements des portes, je me lève prestement péniblement, m’habille, range mes affaires et rejoins Parcival au petit déjeuner (il s’est réveillé encore plus tôt que moi, pour profiter du lever de soleil sur les montagnes… Je sais que comparaison n’est pas raison, mais j’ai presque l’impression d’avoir fait une grasse mat’ !).
Il est 7h30 : Nous partons en direction du Col de Cambalès (donné pour 2h45), dont le sentier passe par la petite chapelle avant de s’enfoncer dans la forêt.
Seuls sur le sentier, nous sommes accompagnés par le son des éclats de l’eau sur les rochers qui descend de la montagne à cheval en cascade, auxquels se mêlent les chants des oiseaux… La nature se réveille après moi (et vu comme je suis matinal, cette précision revêt pour moi une certaine importance) !
La pente se raidit et ça commence à grimper fort. Heureusement les racines des pins à crochets et les rochers forment des marches le long d’un sentier fleuri.


Nous sortons de la forêt et nous trouvons à une intersection où un panneau indique la direction vers le lac de Cambalès et le col éponyme ; et après avoir franchis une rivière à gué, nous traversons une plaine parsemée de fleurs et de rochers où quelques sapins font de la résistance.
Alors que le soleil se détache des cimes en venant colorer les montagnes qui s’enchainent les unes derrière les autres, nous franchissons des ruisseaux qui dévalent les flancs de la montagne, ainsi que de petites cascades en sautant de rocher en rocher (sans glisser, ni se mouiller les pieds… un gageure !), dans un paysage qui confère au sublime, entre rochers, bruyères et rhododendron bien fleuris.
La lumière vient souligner le contraste saisissant entre les deux versants de la vallée :
- Sur notre droite (exposé au sud), c’est l’Adret (le versant « solaire ») : inondé de lumière, il explose de vie. Les rhododendrons, les pissenlits et mille fleurs d’alpage s’ouvrent à la chaleur, révélant des couleurs vives qui tranchent avec la roche.
- Sur notre gauche (exposé au nord) face à nous par moments, c’est l’Ubac (le versant « ombragé ») : plus sombre, plus froid, il conserve la neige plus longtemps et laisse place à une végétation plus austère, faite de mousses et de sapins denses qui cherchent la fraîcheur.




Il commence à faire déjà bien chaud, alors qu’il n’est que 8h00 du matin !
Un promontoire rocheux offre une belle vue dégagée sur la vallée et surtout sur le Vignemale qui s’est détaché des pics.
Nous poursuivons notre ascension vers le lac de Cambalès, en prenant à gauche (côté Ubac, donc, vers la neige qui se dessine sur les sommets au loin), le long d’un sentier fait de rochers, entouré de quelques fleurs éparses.



Au loin, une marmotte lève la tête intriguée par notre passage, avant de poursuivre sa course à flanc de montagne et disparaître derrière des rochers.
Nous passons au loin de 3 petits lacs et remontons le long d’une jolie petite cascade qui vient du déversoir du Lac de Cambalès, au pied du Pic de Peyregnets de Costalade (alt. 2740 m).


Une brise légère caresse les herbes et font onduler l’eau des lacs, alors que résonnent les piaillements des oiseaux au-dessus de nos têtes.
Nous arrivons au Lac de Cambalès (alt. 2350 m) et poursuivons en direction du col Cambalès.
Le problème est qu’il n’y a plus de panneau directionnel. Nous apercevons quelques cairns qui indiquent un chemin et qui nous amène à contourner le lac par la gauche. Mais l’ascension nous semble un peu étrange, car mal tracé. Le doute nous assaillant, Parcival regarde sa carte GPS et s’aperçoit que ce chemin n’amène pas du tout vers le col et que nous ne sommes pas du tout sur le bon tracé.
Nous rebroussons donc notre chemin et redescendons en direction du lac jusqu’au niveau du déversoir. Une ascension pour rien… ou presque pour rien, car avec les montagnes, le lac, les rhododendrons en fleurs, les gentianes violettes et boutons d’or, ainsi que les fougères qui se déploient, la vue était quand même magnifique !

Nous traversons alors le lac au niveau du déversoir, en passant à gué sur les rochers, puis nous poursuivons notre chemin en contournant le lac par la droite.

Puis nous remontons en direction du col de l’autre côté du lac, en traversons un énorme et long pierrier.
Le pic de Cambalès (alt. 2965 m) se dresse fièrement face à nous, avec une belle écharpe blanche de névé.
L’ambiance alpine est alors à son comble !


Il n’y a pas qui vive, à part 2 randonneurs qui avaient bivouaqué au bord du lac et qui poursuivent l’ascension avec nous, des milans qui fendent le ciel à la recherche de leur petit déjeuner et que, au loin, retentissent les cloches de quelques vaches, venu se repaître des rares herbes vertes.
Et puis, à quelques 2560 mètres d’altitude, les premiers névés apparaissent sur le chemin de pierres : d’abord sporadiques et petits, ils deviennent de plus en plus conséquents, à tel point que le chemin disparaît totalement sous la neige.

Parcival dégaine de nouveau sa carte qui confirme le sentier à suivre, lequel sera rapidement confirmé par quelques cairns qui émergent ça et là au-dessus de la neige. Nous les traversons sans avoir à chausser nos crampons (pour l’instant) , ni à l’aide de piolet (ça tombe bien, je n’ai que des crampons dans le sac…).
Par endroit les névés sont recouverts de sable du Sahara, leurs donnant une teinte orangée, et sur lesquels prolifèrent aussi des algues rouges.
Arrivés à 2600 mètres, nous sommes encore loin du col et déjà il n’y a plus de végétation ; seulement des rochers blancs, gris et oranges, dont les couleurs sont plus intenses sous le ciel bleu, entre lesquels poussent des petites plantes grasses en forme d’artichaut et entourés de névés.
Au pied du pic de Cambalès, un nouveau lac se détache du relief entre rochers et névés et révèle une eau bleu roi encore partiellement prise par les glaces.

Le dernier névé franchis, l’ascension vers le col se fait soudain plus raide sur la dernière partie.
Si nous n’avons pas glissés lors de la traversée des névés (avec une pente pourtant bien raide, pour le dernier), là cailloux et gravillons se dérobent sous nos pas, rendant chaque foulée plus incertaine ; j’avance au ralenti, non sans une certaine appréhension.


Alors que Parcival est en tête (et loin devant), de mon côté (et loin derrière) je n’en mène pas large.
Un des randonneurs qui fait l’ascension vers le col avec nous, se tourne vers moi, blême et m’avoue qu’il ne se sent pas du tout à l’aise (c’est marrant, moi non plus !), car il a peur du vide (c’est marrant, moi aussi !), alors que son binôme appréhende aisément la montée.
A sa remarque, je me sens beaucoup moins seul dans cette phase finale de l’ascension et d’un coup cela enlève un peu de crainte… Il n’y a pas à dire : verbaliser et partager ses peurs aide se sentir plus solidaire et redonne un coup d’énergie !
A 11h10, nous arrivons au col de Cambales (alt. 2706 m) ; soit 3h40 après le départ du refuge.
Le col est assez étroit, mais offre un sublime panorama de part et d’autre : côté est, sur la vallée du Marcadau, dont nous venons. Et côté ouest, sur la vallée d’Arrens.


Nous laissons les 2 acolytes et descendons le chemin en lacets (pas loin d’une cinquantaine) le long d’une pente bien raide, exposée, avec des cailloux qui se dérobent parfois régulièrement sous nos pas (ils sont joueurs…). Je me fais d’ailleurs quelques petites frayeurs en glissant. Et pour éviter tout risque, et assurer une descente plus « sereine » (autant qu’elle puisse l’être en pareille circonstance), j’adopte une technique beaucoup moins esthétique, mais tout aussi efficace : en descendant sur les fesses.
C’est pas le gros kif de la matinée, mais dans ce décor très minéral se dégage une beauté brute qui fait oublier la difficulté (ou en tous cas l’atténue) !
Seuls, dans l’immensité de ce massif vieux de quelques 40 millions d’années, ça appelle à l’humilité (surtout quand on descends sur les fesses)…

La descente du col de Cambalès effectuée, nous poursuivons à flanc de montagne, et traversons un grand pierrier, interrompu par 2 grands névés.
Le 2ème névé franchis, nous apercevons, caché derrière les rochers les cornes de ce qui semble être soit un isard, soit un bouquetin.
Et le temps de contourner le rocher, ce n’est pas un, mais tout un troupeau de bouquetins pyrénéens, rapidement rejoint par un deuxième troupeau… C’est magique !



Peu farouches, nous arrivons à les approcher de près et les voyons évoluer à flanc de montagne aussi alertes sur ce terrain accidenté que moi sur un terrain plat ! Nous voyons que certains portent des bagues aux oreilles. Ils font en fait partie d’un vaste plan commencé en 2010, de réintroduction de bouquetins dans les Pyrénées, après leur disparition en 1910, les derniers mâles ayant été abattus au lac de Gaube.


Nous restons un bon petit moment à les observer évoluer, puis reprenons notre chemin.
Nous quittons les pierres instables et poursuivrons sur un sentier bien plus stable (ce qui n’empêche pas de se vriller la cheville de temps en temps, sinon ce n’est pas rigolo) en direction du port de la Peyre Saint Martin dont le chemin partage le GR11, mais aussi une étape du Chemin de St Jacques de Compostelle.
Il est 13h00 : nous arrivons au Port de la Peyre Saint Martin (alt. 2295 m), qui marque la frontière entre la France et l’Espagne, dans la province d’Aragon.
Nous entamons la descente et profitons du changement de pays pour faire une pause pique-nique bien méritée (si, si quand même !) et nous régalons des restes de la veille (je crois que le saucisson et encore meilleur !), dans un décor magnifique entre rochers petite rivière et lac de Campo Plano en contrebas, le tout ponctué de rhododendrons bien fleuris.

Puis nous partons en direction du lac de Campo Plano (alt. (2150 m) que nous rejoignons en 1h30 de descente et contournons sur sa rive gauche.
Entre les pics et leurs écharpes blanches de neige, les prairies colorées de fleurs roses et les eaux bleues cristallines du lac qui reflètent un beau soleil, l’endroit est vraiment magnifique. A tel point que, comme il fait bien chaud, nous décidons de faire un petit arrêt afin de s’y baigner.
L’eau est fraîche, mais ça fait tellement de bien ! Surtout après la longue marche de ce matin.


Le vent se lève faisant des petites vagues sur le lac.
Dans le ciel, les nuages s’amoncellent, et les cumulonimbus, annonciateurs d’orage, semblent s’accumuler là d’où nous venons. C’est donc le moment idéal pour partir en direction du refuge de Respomuso !
Le lac contourné, le chemin nous conduit vers un grand mur en béton que nous longeons, avant de remonter en direction d’une brèche qui ouvre un beau paysage avec, au fond les sommets et, en dessous de nous 2 petits lacs naturels qui alimentent un grand lac, artificiel : le lac de Respomuso (alt. 2114 m).
Nous passons à proximité d’un vieux refuge non gardé et construit en pierre : le refuge Alfonso XIII.

Nous contournons le lac par la droite, sur un sentier en pierre qui le surplombe et nous offre des panoramas sublimes, entre pins à crochet, rhododendrons bien fleuris, eaux du lac aux couleurs bleu foncé et turquoise.
Cela me rappelle le lac de Gréziolles (à proximité de La Mongie) en plus grand ; c’est tout aussi sublime.



Nous arrivons au Refuge de Respomuso (alt. 2200 m) qui surplombe donc le lac éponyme, alors que l’orage commence à gronder au loin (mais heureusement, pas sur nous !).
Nous faisons le check-in dans le refuge de Respomuso. Puis, je pars prendre un douche, pour me détendre, avant de rejoindre Parcival pour se désaltérer d’une bonne petite bière (qui finit de me détendre…), face au lac.
Il n’y a toujours pas de réseau 4G, ni de wifi… La cure de déconnexion se poursuit dans un décor grandiose.

Assis face au lac, nous observons le spectacle hypnotique du vent qui vient caresser sa surface, créant de petites vaguelettes aux déplacements erratiques qui, avec le scintillement des rayons du soleil semblent couvrir l’eau de milliers de paillettes d’or. C’est tout simplement magnifique.
Ce sublime spectacle offert tout entier, me fait penser à ce qu’a écrit Charles Wright dans Le Chemin des Estives : « Lorsqu’on se vide de toute convoitise, de toute avidité de saisie, qu’on laisse les choses être, les yeux flâner, et qu’on n’oppose plus au paysage notre poussée personnelle, alors ces choses viennent à nous et exhalent leur secret, leur intériorité. On acquiert une vue perçante. Le monde s’illumine. On s’aperçoit qu’autour de nous, c’est un festin de lumière, de beauté, une profusion de formes, de saveurs, de couleurs. Tout est là, donné, en abondance, il suffit de cultiver une attention aimante, une fraîcheur de regard, et de se servir.«

… Effectivement, c’est un vrai « festin de beauté » !
19h30 : nous passons à table. Nous dînons avec une Mexicaine venue faire ses études et travailler à Madrid et qui a décidé de faire la traversée des Pyrénées par la Haute Route et s’est offert le luxe d’un refuge, délaissant sa tente et son duvet le temps d’une nuit.
20h15, le dîner terminé (c’était rapide, mais très bon…), nous allons récupérer le linge qui sèche dehors et profitons des magnifiques couleurs du ciel qui semble se parer d’or, à mesure que le soleil disparaît derrière les sommets.

21h00 : nous nous couchons avec l’ambition de nous lever à 5h50 le lendemain (je ne sais pas pourquoi, mais je sens que ça va piquer !).
Avec 6h50 de marche, 12,9 kms parcourus et 960 m de dénivelé positif (et 715m de dénivelé négatif), je ne me mets pas longtemps à m’endormir, les yeux pleins des paysages magnifiques que nous avons traversés et de notre rencontre magique avec les bouquetins…
Jour 3 > Du Refuge de Respomuso au refuge de Bachimaña via le col de Piedrafita & le col de l’Enfer : une journée en Espagne.
Bonne nouvelle : Le réveil a bien sonné à 5h50 !
Les yeux encore collés, je me réveille étonnamment en forme !
Il faut dire que la journée de la veille avait été physiquement intense et, à 21h15, je ne me suis pas fait prier pour m’endormir (surtout que le jeu dans les dortoirs est de s’endormir idéalement avant les gros ronfleurs) et force est de constater que le sommeil a été réparateur.
Les affaires rangées dans le sac, je descends en salle de petit déjeuner où je retrouve Parcival face à la carte topographique. Après étude de celle-ci et des chemins possibles, il me soumet une petite idée (aïe) pour rejoindre le refuge de Bachimaña : rallonger le trajet (re-aïe) – donné initialement pour 5h de marche – et faire un détour en empruntant des chemins de crêtes (re-re-aïe)…
J’avoue que, si « le sommeil a été réparateur » (pour me citer), à 6h00 je ne suis pas encore assez bien réveillé pour argumenter, peu excité à l’idée de marcher avec le vide de part et d’autre du chemin (la randonnée au Mont Aorai à Tahiti – se rappelant à mon bon souvenir).
Mais bon, vu l’enthousiasme de Parcival, je capitule (mais ai-je bien eu le choix ?) et me fais une raison : la vue depuis le chemin des crêtes devrait largement récompenser les efforts et cela me donnera l’occasion d’affronter ma peur du vide.
Enfin, j’espère…
7h00 : nous quittons donc le refuge de Respomuso et nous mettons en marche sur le chemin direction le refuge de Bachimaña qui emprunte le GR11.
Mais plutôt que de revenir sur nos pas de la veille, nous décidons de rejoindre l’autre côté du lac en passant par le barrage (construit en 1954), ce qui rallonge un peu la marche (on a le temps après tout, pourquoi prendre un raccourci ?).

A proximité du barrage, sous le pic du Balaïtous (alt. 3146 m), se dresse une petite chapelle, avec une vue magnifique sur le lac entouré au loin de pics remarquables (Cambalès, Grande Fache, Piedrafita, Tebarrai, Forqueta).
Au pied du mur du barrage, nous distinguons à quelques 55 mètres plus bas, 3 isards en recherche de nourriture. Mais, nous ayant eux aussi repérés, ils s’enfuient dans les rochers en quelques bonds bien assurés. C’est fou comme les isards sont bien plus farouches que les bouquetins rencontrés la veille.

Nous traversons les 207 mètres de la crête bétonnée du barrage – avec, d’un côté, le lac et de l’autre un dévers particulièrement vertigineux (wow, ça fait haut 55 mètres en fait… et les rochers en bas ont l’air bien saillants ! bon, regarde côté lac, plutôt qu’en bas et avance… mais dis donc, mais qu’il est beau ce lac !). Heureusement il y a un de bons garde-corps tout le long !
Une fois l’autre rive du lac atteinte, nous poursuivons notre marche le long d’un sentier à flanc de montagne, entre rhododendrons fleuris et cascades qui alimentent le lac, que nous devons traverser sans trop nous mouiller les pieds (bon, tant pis, le pied sèchera dans la journée…).


Nous profitons du magnifique lever de soleil qui émerge au-dessus des montagnes et dont les rayons, rasant les sommets et transperçant la brume matinale, viennent progressivement éveiller les couleurs d’un paysage onirique.
Plongés dans ce paysage immense où le sublime se révèle doucement, nous avons soudain l’impression d’être transporté quelque part en Terre du Milieu, à arpenter les pages du Seigneur des Anneaux de Tolkien.



Alors que le soleil recouvre d’or la surface du lac dessinant les contours de ses îles arborées, autour de nous les boutons-d’or, bleuets, chardons, œillets, rhododendrons, fougères, colorent de mille fleurs la prairie que traverse le sentier.
» La marche est un grand dispensateur d’émerveillement » – Charles Wright (Le Chemin des Estives).
Et en effet, à 2200 mètres, le chemin offre, entre lac et sommets, des panoramas particulièrement sublimes, source intarissable d’émerveillement.

A tel point que, manque de vigilance ou d’indications claires sur le terrain (je penche plutôt pour cette explication), nous manquons la bifurcation qui fait reprendre le GR11 en direction du col de Piedrafita et continuons de marcher sur quelques centaines de mètres.
Parcival, ayant l’intuition que nous avons trop marché, sort son téléphone pour rechercher le sentier sur la carte et notre positionnement par rapport à celui-ci. Le verdict tombe : nous ne sommes pas du tout sur le chemin qui mène au col. L’absence de panneaux sur le terrain nous a donc bien fait marcher 500 mètres de plus.
Nous rebroussons donc notre chemin et après quelques hésitations (et surtout grâce au positionnement sur la carte GPS), nous retrouvons bien le chemin du GR11 et partons en direction du col de Piedrafita, avec un petit détour d’un kilomètre, juste pour le plaisir !

Le vent se lève ; les marmottes aussi.
Perchée sur un promontoire rocheux au-dessus de nous une marmotte, siffle à notre passage en véritable gardienne de la vallée (ou alors elle se moque ouvertement de nous…).
Nous passons à l’ombre des pics de Campo Plano (alt.2717 m) et de Llena Cantal (alt. 2941 m) et montons le long d’une grande prairie verte, dans laquelle une autre marmotte nous observe avant de rapidement rentrer dans son trou, à mesure que nous approchons d’elle.


Alors que des bouquetins évoluent en amont de nous, nous remontons alors le ruisseau en direction du pic de Llena Cantal que nous allons contourner. Parcival m’annonce tout fier (alerte divulgachage) : ça va grimper sévère !
Je sens qu’on va bien rigoler…
Et en effet, la montée fut raide… Mais honnêtement, sans grande difficulté !
Mais surtout, elle offre une belle récompense à l’arrivée, puisque, dans un décor de haute montagne, niché au sein un petit cirque un lac, bordé d’un joli névé, siège sous le pic du Llena Cantal (alt. 2941 m) et le pic de Tabarrai (alt. 2886 m) : le lac Llena Cantal (alt. 2440 m).

Nous contournons le lac Llena Cantal (où nous apercevons au loin le Pic du Balaïtous – alt. 3146 m), et montons en direction du col de Piedrafita en enchaînant traversée de névés et de rocaille, sans avoir à chausser les crampons.
Arrivés à 2600 mètres d’altitude, le chemin se met à grimper sévèrement. A tel point que l’ascension vers le col se fait désormais en marchant en zigzag.
Parcival ouvre la marche et grimpe comme une fusée avec l’assurance d’un dahu (Non, mais c’est pas possible, il a chopé un Cheat Code ou quoi ?) !


Puis le chemin disparaît sous la neige et la pente se raidit fortement pour monter les 40 mètres qui nous séparent du col.
Nous évoluons désormais face à la pente, plantant vigoureusement nos bâtons et les pointes des pieds dans la neige pour grimper ardemment.
La pente est tellement raide qu’elle en est vertigineuse, faisant d’ailleurs passer la traversée de la corniche en direction du Pic du Taillon, durant laquelle j’avais eu un joli petit vertige, pour une promenade de santé.
J’avoue : j’ai connu des ascensions plus sereines !
Et pour ajouter un peu de « piquant », un vent frais s’engouffre dans le col de Piedrafita alors que les nuages s’accumulent au-dessus de nos têtes et quelques gouttes se mettent à tomber du ciel.
Et dire que la météo annonçait beau temps pour la matinée (soupirs)… Je crois que quelqu’un a croisé une marmotte noire un chat noir ce matin (re-soupirs) !

Là, face à la pente, dans l’ombre des pics de Piedrafita (alt. 2952 m), de Marmoleras (alt. 2908 m) et de Tebarrai (alt. 2886), dans le vent et sous les gouttes de pluie, la neige accroche de moins en moins rendant l’ascension glissante et incertaine, je me demande ce que je fous là plante mon pied qui dérape, entrainant avec lui un petit paquet de neige molle, des cailloux et mon deuxième pied…
Je commence alors à glisser et réalise que je n’ai rien pour m’agripper !
Je tente bien de m’aider des bâtons et les planter dans la neige meuble pour enrayer la chute, mais rien n’y fait ; je perds mes appuis et continue de dévaler dans la pente raide.
Heureusement j’arrive à stopper mon inexorable descente en plantant un bâton à l’horizontal et m’arrête net, alors que mon genou gauche vient s’écraser contre une pierre saillante cachée sous la neige, déclenchant une légère bonne décharge.
Bonne nouvelle : alors que cette « petite » glissade s’est passée très vite, je n’ai pas vu ma vie se dérouler devant mes yeux, seulement la pente ! J’en conclue donc tout naturellement que je suis encore en vie et en une seule pièce (Ouf ! Je vais pouvoir continuer d’écrire sur cette randonnée), hormis une douleur au genou.
Plus de peur que de mal donc, car je n’ai pas dévissé et je ne m’en tire qu’avec une petite égratignure et surtout un gros coup de chaud !
Le cœur battant à tout rompre, les jambes flageolantes et les bras abandonné de toute force, je me remets de mes émotions en invoquant le Créateur respirant lentement et profondément et reprends lentement l’ascension les yeux fixés vers ce satané col de Piedrafita.
« Dans mon angoisse, j’ai crié vers le Seigneur et lui, il m’a exaucé » (Psaume 117 ; oui, j’avoue, je n’ai pas fait que respirer profondément), car sur la gauche du sentier aux pierres glissantes, les rochers émergent que l’on peut grimper en mettant les mains.
Mais surtout, un câble métallique a été fixé dans la montagne : il va bien faciliter les derniers pas de l’ascension vers le col, qui s’apparente donc plus à de l’escalade qu’à de la randonnée !
Ainsi, j’avance à tâtons, le câble dans une main, les bâtons dans l’autre et une main pour m’agripper à la roche (comment ça, t’as 3 mains ? Non, je mais je me débrouille comme je peux pour grimper et attraper les rochers avec les bâtons dans ma main… Et c’est pas simple ! Et puis me déconcentre pas, c’est assez exposé et vertical !) et avec une douleur de plus en plus vive dans le genou.
Heureusement, il ne reste que quelques pas (et mains) jusqu’au col de Piedrafita…
Et à 10h15, j’arrive enfin au col de Piedrafita (alt. 2771 m) !
Vu que j’étais bien concentré sur l’ascension, je n’ai bizarrement pas pris de photo ; mais pour vous donner une petite idée de l’ascension du col de Piedrafita par sa face nord, voici une vidéo trouvée sur Youtube (en revanche, il n’a pas eu la chance d’avoir de la neige, lui) :
Ça me coûte de l’avouer, mais Parcival avait finalement bien raison : ça a vraiment bien grimpé !
Et je crois que j’avais un peu « trop pris la confiance » lors de la première étape de l’ascension…
Mais bon, la vue offerte de l’autre côté du col vient, à elle seule, récompenser la difficulté car le panorama est vraiment sublime : en contrebas, le lac de Tebarrai (alt. 2738 m) aux eaux couleur bleu-roi, trône dans un décor minéral.
Entouré d’un côté du flanc de la montagne aux pierres bien noires, au travers desquelles serpente le sentier, il ouvre de l’autre côté, au niveau de son déversoir sur une succession de sommets à l’horizon. Quelques larges blocs de glace flottent sur la surface du lac, à peine perturbée par le vent qui se renforce.

Après le coup de stress de l’ascension, je reste silencieux, dans un état extatique à contempler le paysage et heureux d’avoir surmonté mes peurs et frayeurs.
Nous y retrouvons Elena, une jeune allemande rencontrée la veille au refuge et qui fait la traversée des Pyrénées en solo. Elle semble rassurée de nous voir arriver, après l’ascension qui lui a créé quelques frayeurs (elle aussi ! Wow, je me sens moins seul…).
Là, au col de Piedrafita, entre le pic de Tebarrai (alt.2886 m, sur notre droite) et le pic de Marmoleras (2908 m ; sur notre gauche), pris face au vent qui redouble d’intensité, vient s’ajouter au plaisir d’être arrivé au col, la pluie mêlée de grésil… Le kiff !
Nous enfilons coupe-vent et couverture de protection pour le sac ; mais mélangeant vitesse et précipitation entre 2 rafales, dans un geste d’adresse la plus absente, j’en viens à déchirer la cape du sac contre un roche saillant.
Compte tenu du changement de temps et du risque d’orage, Parcival décide de revenir au chemin initial, donc de ne pas passer par les crêtes et de rejoindre le col del Infierno . C’est plus sage, mais un peu décevant (en tous cas pour lui… Mais j’avoue qu’après cette dernière ascension, je me sentais l’âme d’un alpiniste et j’étais décidé à repousser un peu plus mes limites).
Elena m’avoue avoir le vertige (elle aussi ! Wow, je me sens moins seul… oui, je sais, je l’ai déjà écrit) et, alors qu’elle se remet de ses émotions, préfère me laisser descendre en premier (enfin, en second car Parcival est déjà loin devant… ou plutôt en bas).
C’est drôle (bon, je ne suis pas sûr que « drôle » ce soit le meilleur qualificatif), car c’est la deuxième fois depuis le début de cette randonnée que je croise des randonneur sujets au vertige et qui pourtant n’hésitent pas à venir en montagne exorciser leur peur en montagne. La nature a quand même un don pour nous tester et nous aider à repousser nos limites, et en plus dans un cadre sublime.
Compte tenu de la météo, Parcival préfère changer de plan et s’en tenir finalement à l’itinéraire initial, donc ne pas faire le détour par les crêtes. Étrangement, j’ avoue que suis trop déçu approuve sa décision…
Nous entamons donc la descente en direction du col del Infierno (c’est marrant, vues les conditions d’ascension, j’aurais pensé que c’était celui-ci le col de l’enfer…).
A partir de maintenant, la randonnée n’est plus qu’une longue descente jusqu’au refuge de Bachimaña.
Celle-ci commence d’ailleurs par une pente un peu raide sur une quinzaine de mètres, avant que le sentier ne se prolonge, à iso-altitude, à flanc de montagne sous le pic de Marmoleras et en surplombant le lac de Tebarrai.

Cela me rappelle les randonnées sur les crêtes de volcan en Indonésie (Kawah Ijen et Mont Bromo à Java, ou encore le Volcan Batur à Bali).
Sous le ciel nuageux et les cailloux du sentier, tout est gris autour de nous.
Et si la randonnée avait commencé avec l’impression d’être en Terre du Milieu, autour du lac de Respomuso, le passage du col de Piedrafita sous les nuages et dans le vent, nous a fait basculer en plein Mordor.

Heureusement, arrivés au col del Infierno (alt. 2721 m), la pluie s’arrête et les nuages restent haut dans le ciel.
Là encore, la vue depuis l’enfer le col del Infierno est sublime : ouverte sur 2 lacs – le Lac Bleu Supérieur (alt. 2410 m) et le Lac Bleu Inférieur (alt. 2370m) – nous apercevons au loin le Vignemale (alt. 3298 m) qui émerge majestueusement derrière les pics de Sarrato (alt. 2881 m) et de las Neveras (alt. 2892 m).


Alors que des éclaircies apparaissent dans le ciel, nous enlevons nos coupe-vent et descendons en direction des lacs en traversant un très long névé, ponctué de gros rochers…
Lestés de nos sacs et en mettant le poids sur les talons, on arrive presque à glisser (bon, pas aussi bien qu’en ski… mais l’idée est là)…
Presque… En tous cas, c’est plus fun que de descendre en marchant sur les cailloux !
A mesure que nous approchons du petit lac Bleu Supérieur en forme d’un cœur bleu au sein des montagnes, les derniers névés s’estompent.


Nous le longeons le long d’un sentier où le chemin verdit, entre les cailloux et rochers multicolores (blancs, gris, noirs et rouge), les fleurs percent çà et là (boutons d’or, perce neiges, petits blanches, narcisses, bleues).
Puis nous poursuivons notre marche le long du ruisseau qui vient alimenter le Lac Bleu inférieur, puis le long du torrent qui quitte ce dernier pour rejoindre le lac de Bachimaña (alt. 2207 m) en formant parfois de jolies petites cascades, à mesure que nous perdons de l’altitude.
Nous traversons le torrent à gué, plus en aval, afin d’arpenter le sentier qui surplombe les eaux bleues du lac de Bachimaña sur notre gauche, entre rochers et rhododendrons aux fleurs bien roses.


Encore une fois, le panorama est particulièrement sublime – surtout sous le ciel bleu bordé de nuages – et donne envie de se poser pour pique-niquer afin de profiter de la quiétude du lieu car, à part Elena, nous n’avons croisé que 4 randonneurs durant toute la matinée.
Qu’elle est agréable cette impression d’être coupé du monde, sans réseau, loin du bruit des vallées et vociférations des villes.
Plongé dans le calme de la montagne, dans l’effort d’une marche lente mais régulière, les sens en éveil – sentir l’air sur la peau, se régaler des odeurs de fleurs et d’herbes fraiches, s’émerveiller des panoramas, se réjouir des couleurs – provoque un vrai sentiment de plénitude là, à 2500 mètres.
Face à la beauté du lieu, cette sensation de sérénité est particulièrement saisissante – surtout après l’ascension assez stressante engagée et la joie de descendre les névés le long des lacs – voire apaisante (ouh punaise, je crois que je suis à 2 doigts de devenir agoraphobe…).


Il est déjà 13h00 et le petit déjeuner nous apparaît comme un lointain souvenir (en tous cas, j’ai hyper faim !).
Mais le vent se lève et souffle en grosses rafales. Les nuages, alors empêchés par les montagnes, se regroupent et viennent obscurcir le ciel.
Par mesure de précaution, j’enfile mon coupe-vent et remets la protection du sac (sans le déchirer cette fois…).
Le tonnerre se fait entendre, là où les nuages les plus noirs se sont accumulé dans la vallée voisine.
Nous avons de la chance : au-dessus de nos têtes, des nuages gris déversent seulement quelques gouttes, mêlées de grésil. L’orage reste cantonné de l’autre côté de la montagne, nous épargnant… En tous cas pour l’instant !
Elena poursuit sur le GR11 de son côté, alors que nous décidons de rejoindre le refuge de Bachimaña afin d’y pique-niquer, au cas où l’orage décidait de changer de vallée et se rapprocherait de nous (ça peut être fourbe un orage en montagne…).
A mesure que nous nous rapprochons du barrage (ah oui, c’est un lac artificiel), lequel alimente un deuxième réservoir, le chemin – jusque-là de terre et cailloux – devient une voie construite, ressemblant à une voie romaine.
En contournant le 2ème petit lac artificiel, nous croisons (enfin ?) quelques randonneurs, avant de traverser la passerelle et rejoindre le Refuge de Bachimaña (alt.2200 m), érigé sur un promontoire rocheux et surplombant le lac artificiel.



13h45 : Nous arrivons au refuge de Bachimaña !
Nous nous asseyons sur la terrasse, à l’abris du vent et entamons notre repas face au lac.
Mais…
14h05 : Quelques petites gouttes, suivies d’une rafale musclée et accompagnée d’une grosse averse de grésil, nous force à rapidement plier nos affaires et vite rejoindre l’intérieur refuge, que nous atteignons à moitié trempés (nous n’avons pas été assez rapide, il faut croire…).
Nous finissons de déjeuner à l’abris à l’intérieur et en profitons pour déguster un bon café, au sec, avant d’aller poser nos affaires dans la chambre.
15h00 : La météo s’étant améliorée (le soleil a refait son apparition et les nuages semblent avoir disparus), nous décidons de partir explorer l’autre rive du lac (oui, après 6h45 de marche et 13 kms, il y avait un goût de trop peu…).
Le chemin surplombe les petites criques aux eaux clairs, du haut desquelles les rhododendrons fleuris ajoutent des couleurs rose magnifique aux variations de bleu.




Cependant le vent frais s’engouffrant entre les montagnes, nous décourage de toute tentative de baignade !
Le chemin s’arrête au pied d’une corniche qui surplombe le lac et qu’il est possible d’arpenter en sécurité car un câble a été installé dans la roche, en main courante.
Ayant eu mon lot d’émotions pour la journée, je fais demi-tour et laisse Parcival continuer sa rando.


De retour au refuge, je file prendre une bonne petite douche bien chaude (quel confort d’avoir le refuge construit à côté d’un barrage hydroélectrique…), avant de faire une petite session lecture sieste (je vous jure monsieur l’arbitre : j’ai voulu lire… J’ai ouvert le livre, lu 3 lignes et… Il m’a vaincu par K-O !). D’autant que la literie est super confortable !
Entre le super accueil du couple de gérant, le confort (eau chaude, literie), la déco chaleureuse (tout en bois), le nombre de places limités et les panoramas – sur le lac d’un côté et sur la vallée de l’autre côté – le refuge de Bachimaña est vraiment une belle surprise ! J’avoue que j’ai bien envie d’y rester une nuit de plus…
Parcival rentre enchanté de son expédition (aïe), et est bien décidé à reprendre ce chemin demain matin, pour continuer notre périple pyrénéen (re-aïe) : « non, je t’assure, le passage de la corniche, c’est facile » (re-re-aïe).

Puis, alors que les nuages ont recouvert le ciel et que la pluie vient taper contre les carreaux, nous entamons un petit apéro qui finit de bien à nous détendre après une journée quelque peu chargée.
Entamé à 19h30, nous finissons le délicieux dîner à 20h20, interrompus par un énorme orage, doublé d’une grosse pluie qui se manifeste à l’extérieur.
Sortant sous le porche du refuge, quelques chasseurs d’éclairs dégainent leurs appareils photo, dans l’espoir de faire un beau cliché.
Avant de rejoindre nos lits, nous discutons avec le gardien du refuge qui nous donne des explications pour la rando de demain, dont le passage d’un col un peu dangereux car il y a eu des morts suite à un éboulement… Je sens qu’on va encore bien rigoler !
Couché à 21h15, alors que l’orage dehors se fait de plus en plus fort (tellement fort que, « àmandonné », j’ai cru que la foudre était tombée sur le refuge !), j’ai un peu du mal à m’endormir, entre les infos du gardien (pourtant très sympa au demeurant), l’idée de traverser la corniche rendue glissante par la pluie et les coups de tonnerre…
Finalement, avec les 6h25 de marche dans les pattes, pour parcourir 13,2 kms et 771 m de dénivelé positif (et 742m de dénivelé négatif) faisant traverser une belle variété de sublimes paysages, l’orage se fait progressivement moins présent (tout comme les ronflements des camarades de chambrée) à mesure que Morphée m’entoure de ses bras.
Jour 4 > L’Odyssée Sauvage Pyrénéenne, depuis le refuge de Bachimaña (Espagne) vers le refuge des Oulettes de Gaube : Retour en France par le col de Letrero & le Col des Mulets, face au Grand Vignemale.
Incroyable : avec un réveil à 6h30, j’ai presque l’impression d’avoir fait une grasse mat’ (en tous cas, j’ai super bien dormi au refuge de Bachimaña) !
Le silence de la haute montagne et le confort su de la literie ont eu raison de mes muscles endoloris.
Le petit déjeuner englouti (en fait, c’est bon l’huile d’olive au petit déjeuner…), nous quittons le refuge à 7h30 pour ce qui s’annonce être l’étape reine de ces 5 jours : la randonnée la plus sauvage et la plus longue de notre itinéraire, avec 16 kms à parcourir, 2 cols à franchir et un retour en France par la grande porte, au pied du Vignemale !
En quittant le refuge, nous apercevons des isards en train de se balader sur le barrage. Mais nous ayant repérés, ils s’enfuient vers les sommets, à une telle vitesse, que nous n’avons pas eu le temps de dégainer nos appareils photos… Ils sont presque aussi rapides que la CGT Cheminot pour déposer un préavis de grève à l’approche des vacances scolaire (oui, c’est gratos…) !

Et comme suggéré organisé par Parcival la veille, nous délaissons le sentier classique pour une variante plus « audacieuse » afin de récupérer le GR11 en contournant le lac par son autre rive… Celle qui implique de passer par la corniche (normalement, nous aurions dû récupérer le GR11 en rempruntant la partie du chemin qui surplombe le lac de Bachimaña, parcouru la veille) !
— « Tu vas voir, c’est hyper beau et en plus, ça nous évite de revenir sur nos pas » (mouais…).
Ce chemin n’est pas répertorié sur les cartes, mais il est cependant bien indiqué par des cairns érigés à intervalles réguliers.
L’orage d’hier a nettoyé le ciel mais a aussi bien rafraîchi l’atmosphère.
Heureusement, après 20 minutes à jouer aux cabris dans les rochers le long du lac, la fraicheur matinale est vite estompée – il fait même très bon – et nous voilà déjà arrivé au pied du passage bien (très ?) exposé !


Devant nous, une corniche étroite surplombe les eaux sombres du lac. Et les rochers.
C’est raide, c’est austère, et franchement, ça ne ressemble pas du tout à une sinécure (mais alors pas du tout).
– « Mais non, c’est facile, c’est comme à Arkose! » me lance Parcival, déjà engagé.
– Mouais…
– Mais si, regarde, ça fait comme des escaliers.
– Oui, enfin escaliers, dont les marches sont larges comme les ballerines d’une danseuse de 6 ans, et sur lesquelles coule une rivière ! »
– Mouais… T’exagères pas un peu ?
– Heu, à peine (bon ok, peut-être un petit peu, mais pas de beaucoup…) !
En effet, les cascades gonflées par la pluie de la veille, ruissellent vers le lac, pile-poil sur le passage (put**n de loi de Murphy de Mer**e!), transformant le granit de la corniche en patinoire étroite. Très très très très étroite.
Heureusement, un câble métallique fixé dans la roche permet d’avancer sereinement (ou en tous cas relativement sereinement) avec, à chaque pas, le vide à gauche et la paroi verticale granitique trempée à droite.



Mais il n’y a pas que les sommets qui profitent des rayons du soleil car, posée sur un rocher, nous apercevons une marmotte en train de se prélasser sur un rocher pour réchauffer sa fourrure.
Le sentier file entre les fleurs, les herbes hautes et les blocs de granit. C’est sublime.
Mais le plus frappant, c’est le silence absolu qui nous entoure.
Nous sommes seuls au monde, dans cette randonnée qui nous fait contourner le Pic de Serrato.
En effet, il n’y a personne.
Pas un randonneur à l’horizon.
Nous sommes seuls sous l’imposant Pic de Serrato (2881 m) qui nous domine sur notre droite et le lac à gauche.
Ce silence assourdissant est à peine perturbé par le cliquetis de nos bâtons sur la roche auquel se mêle le grondement de l’eau qui dévale la montagne en éclats joyeux, les harmonieux les sifflements des marmottes et le chant matinal des oiseaux.



Nous marchons au milieu d’une végétation dense, passons des petites rivières à gué sur des rochers et tourbières, entourées de rhododendrons en fleur et de hautes herbes. L’air sent l’eau fraiche avec par endroit, une petite odeur piquante d’ail des ours.

Puis le chemin conduit en direction d’un petit cirque, au sein duquel a été construit un autre barrage. Nous traversons le torrent qui s’en écoule en aval, sautant sur des pierres grises et roses et poursuivons l’ascension en longeant un nouveau lac : lac de Bramatuero Bajo (alt. 2290 m) sur notre gauche, et le pic de Sarrato (toujours lui) sur notre droite.
En l’absence de vent, l’eau du lac offre un sublime miroir aux pics qui s’élèvent telle une immense barrière de l’autre côté du lac, qui nous sépare de la France : le Pic de Marcado (alt. 2727), le Pic de Péterneille (alt. 2764m) les Pics Jumeaux (alt. 2720 m).




Si le chemin n’est balisé que de cairns érigés à intervalles plus ou moins réguliers, il reste quand même très bien tracé, même lors de la traversée du petit névé à 2300 mètres.
Nous franchissons plusieurs petites rivières qui sillonnent une belle prairie de parsemée de milliers de fleurs en un festival de couleurs : vert, blanc, violet, rose jaune, orange, sans oublier le gris de la roche et le bleu du ciel. C’est vraiment sublime.


A mesure que nous grimpons, le vert s’efface et le décor devient de plus en plus minéral. Le sentier prend en altitude ce qu’il perd en linéarité : de nombreux lacets nous permettent de monter jusqu’au lac de Bramatuero Alto et la cabane éponyme.
Et quand je dis « nombreux lacets », en fait il y en a beaucoup… énormément… (trop ?)… plusieurs dizaines… Centaines… Milliers… Millions ?
Non, peut-être pas millions (« Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice »), mais bon vous avez l’idée !
Derrière nous, se dresse un panorama majestueux ouvert sur le lac de Bramatuero Bajo, son laquet, avec au fond le Col de l’Enfer et les névés traversés la veille !

Nous atteignons le refuge non gardé de Bramatuero (2505 m) vers 10h30, où nous sommes accueillis par une marmotte, magnifiquement indifférente aux 2 bipèdes que nous sommes.
Plus haut, sur le sommet qui fait face à la cabane, un isard nous jette un coup d’œil avant de disparaître de l’autre côté de la montagne.


Le refuge de Bramatuero est construit à côté d’un barrage (encore un) qui retient les eaux bleu acier, du Lac de Bramatuero Alto, sur lequel flottent encore quelques plaques de glace, comme des icebergs miniatures.


Dans ce silence immense, il n’y a pas âme qui vive (à part la marmotte et l’isard qui, de toutes façons, sont partis). C’est donc l’endroit idéal pour faire une petite pause technique (pipi boisson et barre de céréales).
Nous repartons en traversant le barrage, pour marcher ensuite à flanc de pic en surplombant le lac de Bramatuero Alto, avec comme objectif : rejoindre l’autre côté du lac et atteindre ensuite le Col de Letrero.

Le barrage traversé, fini le sentier bien tracé il faut surtout… trouver son chemin. Car les cairns jouent à cache-cache au milieu des rochers. On avance un peu au radar, scrutant l’horizon, à la recherche de ces petits empilements de pierres vitaux pour le randonneur en l’absence de balisage… Mais chercher des pierres au milieu des pierres et des rochers, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une motte de foin !


La descente vers le lac est plus hasardeuse : en l’absence de cairns, nous descendons au jugé (et en suivant la trace GPS sur l’application de Parcival… merci la technologie) dans un terrain instable, jusqu’au bord de l’eau, en escaladant des blocs et en mettant les mains. Il fait d’un coup beaucoup plus chaud, et le soleil tape fort sur la roche claire.
Nous longeons le bord du lac dont nous constatons que – à l’instar du baccalauréat – le niveau a fortement baissé (à la vue des différences de teinte des rochers), marchant sur des éboulis plus ou moins stables et redoutant une foulée instable qui conduirait à un « plouf » inexorable dans l’eau glacée.
Heureusement, nous atteignons la rive de l’autre côté sans nous mouiller !
Et à la faveur d’un terrain plus plat, les cairns réapparaissent, tels des champignons après la pluie d’automne, nous guidant, dans un décor minéral, quasi martien, où les rares herbes non grillées se demandent ce qu’elle font là, vers une succession de névés, bien installés à flanc de montagne.
Même si la pente s’accentue, nous n’avons finalement pas besoin de chausser nos crampons : la neige est molle, on se cale sur la carre de la chaussure, aidés des bâtons.
Certains névés sont teintés de rose, trahissant la présence d’une algue microscopique, la Sanguina Nivaloide , le fameux « sang des glaciers ».


Puis nous poursuivons l’ascension le long d’un grand pierrier et dans lequel il ne sera pas inutile de se servir ponctuellement de ses mains pour monter ou descendre… Oui, la randonnée en montagne n’est pas un chemin plat et linéaire.
Dans cette ambiance « bout du monde », entre marche sur des grosses pierres, traversée des torrents qui descendent de la montagne à cheval en cascades (oui je sais… j’ai déjà fait cette blague lors du jour 2… je recycle ! C’est mon côté écolo…), grimpette dans un dernier (et long) névé, cette ascension vers le Col de Letrero semble interminable (surtout à la fin).

Mais à 12h30, nous arrivons enfin au Col de Letrero (2642 m), enserré entre le Pic de las Neveras (alt. 2890 m) à gauche et un Pic-dont-je-n’ai-pas-retrouvé-le-nom-même-sur-les-cartes-IGN (alt 2847 m, selon la carte).
Et là… C’est la claque : une vue panoramique sublime s’ouvre devant nous, où se dresse fièrement le seigneur des lieux : le Vignemale (alt. 3298 m).
À ses côtés, le Pic Clot de la Hount (alt. 3289 m), le Pic de Cerbillona (alt. 3247 m) et le Pic Central (alt. 3235 m) forment une muraille imposante et quasiment infranchissable (en tous cas, vu mon niveau en alpinisme…) entre la France et l’Espagne.
Au loin, vers le sud, le regard porte jusqu’au majestueux Canyon d’Ordesa que surplombe le Pic du Taillon (alt. 3144 m) dans les nuages et que j’avais eu le plaisir de gravir quelques mois plus tôt.
« le paradis est sous nos pieds autant que sur nos têtes » (Henry David Thoreau) !



C’est donc le lieu (et l’heure) idéal pour faire une pause pique-nique, face à un paysage minéral majestueux, dans un silence étourdissant. C’est tout simplement canon !
Là, perdu dans cette nature à la beauté brute, « le paradis est sous nos pieds, autant que sur nos têtes », pour paraphraser Henry David Thoreau.
13h10 : nous quittons le col de Letrero. Car c’est bien joli de faire une pause dans un aussi bel endroit, mais il reste encore un peu de marche pour rejoindre le refuge des Oulettes de Gaube et devons encore franchir un dernier col : le col des Mulets.
Sous le Pic de las Neveras, la descente en direction de la haute vallée de l’Ara, au pied du Vignemale, est… hummm… comment dire… longue et périlleuse !
Car il s’agit d’un immense pierrier dont la pente est bien bien bien bien bien raide, où les rochers et cailloux se dérobent régulièrement sous les pieds ! Et pour allonger un peu le plaisir : il faut faire de nombreux petits virages pour le descendre.
C’est pile à ce moment là (évidemment…) que me reviennent en mémoire les avertissements du gardien du refuge de Bachimana, nous invitant à être vigilant, car des randonneurs y ont perdu la vie suite à un éboulement ! (Voilà-voilà-voilà…)
En bref : c’est pas un grand kiff. Pas du tout en fait !
Heureusement, en moins d’une heure, nous sortons de cet enfer de pierres et arrivons au bord du lac de la Cresta de los Batanes (alt. 2380 m).
Parcival décide que l’eau glacée est une invitation : ce sera une baignade pour lui, et seulement un trempage de pieds pour moi… Mais face au Vignemale !


Puis nous reprenons le chemin en longeant le lac où les rochers laissent progressivement place à des prés d’alpages (à en mesurer le nombre de bouses de vache séchées, elles doivent venir se régaler ici en fin de saison…) aux 1000 fleurs multicolores (et autant de rochers) et aux petites succulentes en forme d’artichaut – les joubarbes – qui poussent entre les rochers.


A l’aplomb du pic d’Arratille (alt. 2900 m), situé dans le prolongement du Pic de las Neveras, nous passons sous grosse une barre rocheuse et poursuivons en direction du Vignemale que nous gardons sur notre droite, avant de partir en direction du col des Mulets.
Les cairns se font plus rare, mais heureusement le tracé GPS de Parcival nous confirme que nous empruntons le bon sentier.
A mesure que nous avançons le paysage devient de plus en plus austère : les herbes se font plus rares et les rochers aux teintes orange et gris donnent à la montagne un air de planète Mars.


Indifférentes à notre passage, 2 marmottes se défient sur un rocher, avant d’entamer un combat, puis de partir en courant, chacune de son côté… C’est quand même drôle la vie de marmotte !

Nous rejoignons le sentier tracé et balisé qui provient du col d’Arratille (alt. 2528 m) et qui le relie au col des Mulets : nous sommes sur la bonne voie !
Et après de multiples zigzags et autres circonvolutions entre les rochers – notre tracé donne l’impression d’arpenter un chemin ivre – le sentier monte tout droit (et assez verticalement… les mains aident bien !) vers du col des Mulets, le tout sous un soleil de plomb !


15h40 : Nous arrivons enfin au Col des Mulets (2591 m), où seule une marmotte semble nous avoir attendu pour nous accueillir… avant de vite déguerpir. Nous revoilà donc à la frontière France-Espagne… seuls !
Ici, nous basculons officiellement dans le Parc National des Pyrénées françaises.
Bilan provisoire : 1100 m de dénivelé positif dans les jambes depuis ce matin, lesquelles commencent un tout petit peu à tirer.
Mais surtout, chose assez déroutante : avec 8 heures de marche dans ce décors grandiose, nous n’avons croisé personne !
En y repensant, ce sentiment d’être seul au cœur de ces géants de granites, dans le silence absolu de la montagne est assez vertigineux, mais tellement ressourçant !
Face à nous, à côté d’une barrière montagneuse partiellement couverte de neige, nous distinguons le Pic Arraillé (alt. 2759 m) en forme d’ogive, avec à droite son col éponyme, et au pied duquel se trouve le refuge des Oulettes de Gaube.

Bonne nouvelle : à partir de maintenant, ce ne sera plus que de la descente !
Nous amorçons donc la descente du col des Mulets vers le refuge des Oulettes de Gaube, dans une ambiance toujours aussi martienne, en marchant le long de cailloux rouges et gris.
La descente s’annonce assez longue, même si la gravité va bien nous aider.
Et d’ailleurs un long névé, déroulé tel un tapis plus ou moins blanc au-dessus des rochers, va encore plus nous faciliter la tâche ; voire ajouter un peu de fun à cette descente ! En effet, en mettant un peu de poids sur les talons, on arrive à glisser (un peu…) !
J’avoue que je regrette de ne pas avoir avec moi une pelle à avalanche, laquelle aurait pu faire office d’une luge de fortune !


Il est 16h00 passées quand nous croisons la première personne de la journée, en même temps que nous découvrons dans toute sa majesté, la mythique Face Nord du Vignemale.
A son pied, résiste le glacier des Oulettes de Gaube qui forme la base du Couloir de Gaube, une impressionnante faille de glace et de roche en forme de Y de 600 mètres, encadré par la Pointe de Chausenque (alt. 3204 m) à gauche, le Piton Carré (alt. 3197 m) au milieu, et la Pique Longue (le sommet du Vignemale, alt. 3297 m) à droite.
C’est grandiose !

Nous descendons cette fois dans un pierrier bien stable (rien à voir avec l’enfer du précédent), traversons un torrent, et rejoignons le plancher des vaches, ou plutôt des moutons : le lit de l’ancien glacier, désormais plaine alluviale où paissent des brebis, et dans laquelle des randonneurs installent leurs tentes pour passer la nuit.
Ça fait bizarre de remarcher sur un terrain plat, sans risque de se vriller la cheville !

La traversée de la plaine ne se fait pas sans quelques dommages collatéraux, car en voulant franchir un des « petits » torrents, celui-ci apparaît plus profond qu’il ne me le semblait avant d’y mettre le pieds. Résultat : l’eau glacée du glacier passe par dessus la cheville et s’infiltre sournoisement à l’intérieur des chaussures… Un délice !
C’est donc les pieds trempés et en faisant « spoch-sploch » à chaque pas, que je parcours les derniers mètres jusqu’au refuge…
17h00 : Nous arrivons (enfin) au Refuge des Oulettes de Gaube (alt. 2151 m).
Le refuge des Oulettes de Gaube est assurément le plus « rustique » de notre épopée. Mais l’ambiance qui y règne est très chouette.
Seule ombre au tableau : il n’y a pas de réseau GSM, ni de Wifi douche chaude disponible (à priori un petit problème technique… le refuge doit fermer à la fin de la saison pour être rénové). Qu’importe, nous ferons une petite « toilette de chat ».
Nous déposons les affaires dans notre dortoir, mettons les chaussures et les chaussettes à sécher au soleil et célébrons cette belle journée en dégustant une bonne petite bière sur la terrasse, face au géant de pierre. Nous prenons le temps.

Avec une 20aine de personnes sur la terrasse, nous avons presque l’impression de prendre un bain de foule ! En tous cas, ça contraste avec la journée.
A 19h00, nous passons à table et nous régalons des plats cuisinés par l’équipe du refuge, en discutant avec nos voisins de table dans une ambiance de franche camaraderie.
Le dîner touche à sa fin alors que Chen, un jeune chinois venu étudier en France, s’inquiète de ne pas voir son binôme de randonnée arriver au refuge. Apparemment, ils se sont perdus lors de leur ascension et n’arrive pas à le joindre par téléphone… Il faut dire que le réseau gsm est totalement absent dans cette partie du monde !
Heureusement, les gérantes du refuge parviennent à le contacter, grâce à leur téléphone satellite : ayant perdu son acolyte, l’autre randonneur a préféré ne pas prendre de risque et a décidé de revenir sur ses pas, pour passer la nuit dans leur refuge précédent… Chen fini son repas rassuré et reprend même du dessert (la part de son binôme n’est pas perdue…) !
Le repas terminé, nous profitons de nouveau de la terrasse et de l’air encore doux pour admirer le Vignemale. Demain, c’est le retour à la civilisation ; mais pour l’instant, nous savourons du calme de la montagne.

Le brouillard remontant lentement de la vallée de Gaube, vient caresser puis entourer la Pique Longue, la masquant définitivement. Cela sonne la fin du spectacle ; nous prenons alors la direction du dortoir.
22h00 : extinction des feux !
Avec 8h40 de marche, 15,6 kms parcourus et 1129 m de dénivelé positif et quelques frayeurs, je ne tarde pas à m’endormir, les yeux pleins d’étoiles de paysages sublimes et de sommets grandioses.
Jour 5 > Du refuge des Oulettes de Gaube vers le Pont d’Espagne à Cauterets… Dernier jour de notre randonnée itinérante de 5 jours dans les Pyrénées : le Retour à la « civilisation » !
Réveil 6h30 (je commence presque à m’habituer…)
Bizarrement, et malgré la grosse journée de la veille, j’ai dormi comme un bébé… C’est à dire que j’ai enchainé plusieurs phase de sommeil ponctuée de nombreux réveils nocturnes (mais bon, sans pleurer pour autant)… Bref : j’ai mal dormi en fait !
Peut être que je n’ai pas envie de rentrer… ou alors c’est peut être que les ronflements de mes voisins de dortoirs ont testé les limites de mes bouchons d’oreille ? En tous cas, les yeux sont bien collés et les muscles un peu endoloris !
Le rituel du petit-déjeuner-toilette-rangement-du-sac-laçage-de-chaussures est désormais rodé, mais ce matin, il a une saveur particulière : c’est le dernier !
Parcival s’est levé quelques minutes plus tôt (« quelques »… en fait, une bonne 30aine) et a profité des premiers rayons du soleil venant embraser le sommet du Vignemale.
Ceci dit, en jetant un coup d’œil par la fenêtre, je bénéficie d’un spectacle grandiose : le soleil s’est bien levé lui aussi, colorant la Face Nord du Vignemale : La Pique Longue (alt. 3298 m) et la Pointe de Chausenque (alt. 3204 m) passent du gris à l’orange, puis à l’or.

C’est magnifique et assurément le genre d’instant qui justifie à lui seul de mal dormir se lever tôt (et les courbatures…).
Au cours du petit déjeuner cosmopolite nous discutons, entre 2 bols de café et 2 tartines de miel, avec 2 Néerlandaises ayant quitté la Hollande pour venir chercher un peu de dénivelé dans les Pyrénées.
C’est fou le pouvoir d’attraction des Pyrénées !
En y repensant, ce périple a été un voyage riche en rencontres : Il y a 2 jours, nous échangions avec Elena, une Allemande qui partageait ma peur du vide (solidarité internationale des vertigineux !) ; la veille, c’était une randonneuse mexicaine. Et hier soir c’était avec un étudiant Chinois…
Le GR10 et la Haute Route des Pyrénées sont quasiment les étages d’une tour de Babel à ciel ouvert.
7h30 : Les chaussures lacées et le sac à dos accroché, nous quittons le refuge des Oulettes de Gaube, direction le Lac de Gaube. C’est parti pour une matinée en descente en douceur, le long du gave de Gaube.
Nous tournons le dos au Vignemale, non sans un petit pincement au cœur, pour entamer la descente vers Cauterets.


Celle-ci commence par une large prairie au sein de laquelle le sentier de randonnée longe le Gave de Gaube et le fait franchir par endroit.
Nous marchons encadrés par des géants de pierre : le Pic Peyrot (alt. 2703 m) suivi des Counillères (alt. 2426 m) sur notre gauche. Le Pic d’Estibe Aute (alt. 2816 m), prolongé du Grand Pic des Paloumières (alt. 2720 m) sur notre droite.
Au coeur de la prairie, le Gave de Gaube dévale du glacier en un torrent et serpente entre rochers, herbes et rhododendrons en fleurs. A mesure que nous descendons il forme aussi parfois de belles cascades, en fonction de la topographie.
Le chemin est si bien tracé, et parfois pavé de gros blocs, qu’on croirait arpenter une voie romaine ou un chemin de muletiers. Comparée à la « plaisante » descente du pierrier la veille, cette dernière randonnée est clairement une balade relaxante.
Honnêtement, ce n’est pas la randonnée la plus technique, ni la plus difficile, mais pour conclure ce périple de cinq jours c’est plutôt agréable… A l’instar des coureurs, nous déroulons notre effort sur les derniers mètres !
Et elle est d’autant plus agréable, qu’elle offre de belles vues sur le Vignemale. Encore faut-il se retourner régulièrement pour l’apprécier.




Après avoir caressé les crêtes des montagnes, le soleil s’impose et vient réveiller la vallée : alors que les oiseaux s’envolent dans les airs en chantant, les fleurs de l’alpage s’ouvrent lentement et couvrent de couleurs les hautes herbes, contrastant avec la minéralité de la montagne.

Sur le chemin, encadrés par le Grand Pic des Paloumières (sur notre droite) et les Counillères (sur notre gauche), et à mesure que nous perdons de l’altitude, la forêt gagne du terrain.
En passant sous les 1900 mètres d’altitude, les sapins se font plus hauts, denses et les forets commencent à se dessiner sur les flancs de la montagne. Les fougères, rhododendrons, pissenlits et autres fleurs d’alpage sont elles aussi plus fournies et plus grandes (certaines nous dépassent d’ailleurs en taille !).

D’ailleurs, en contrebas, au bord du gave, nous croisons un troupeau de vaches en train de paître paisiblement le long du ruisseau et de se repaître des belles herbes et fleurs.
Elles ont l’air heureuses d’être là !



L’air se charge d’une odeur enivrante d’herbe fraîche et de terre humide, avant d’entrer dans forêt qui domine la rive sud du lac de Gaube.
Les racines des pins à crochets s’entremêlent pour former des escaliers naturels, facilitant la descente jusqu’à la sortie de la forêt, qui s’ouvre sur la rive sud du Lac de Gaube et son aire de bivouac.



En approchant du Lac de Gaube (1725 m), dominé par le Pic Meya (alt. 2520 m) sur notre droite et le Pic de Gaube (2377 m) à gauche, nous constatons qu’une partie de la forêt porte les stigmates d’une tempête passée : des troncs sont couchés, tels des soldats tombés au champ d’honneur, et sont recouverts de mousse.
Nous contournons le lac aux belles eaux couleur vert-émeraude dans lesquelles se reflètent les montagnes et dont se détache le Vignemale, au loin. C’est magnifique !


Le lac de Gaube contourné, nous entrons de nouveau dans la forêt, pour cette dernière étape qui nous fait arriver parking du Pont d’Espagne.
L’ambiance change du tout au tout : les racines des pins à crochets serpentent entre des blocs de granit sur lesquels sont dessinés des lignes géométriques, dont nous apprendrons plus tard, sur les panneaux à l’accueil, que ces veines sont « le témoin de petites fractures (dans le rocher) comblées par le dépôt de silice pure cristallisant sous forme de quartz », lequel a « mieux résisté à l’érosion que le reste de la roche ».

On se croirait dans un film de Miyazaki, dans cette forêt que l’on aimerait volontiers savoir habitée d’elfes et de lutins et au sein de laquelle nous nous attendons à tout moment à apercevoir des fées s’envoler… C’est féérique !
Comme l’écrivait Victor Hugo, grand amoureux de ces vallées pyrénéennes :
« C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas. »
Ici, plongé au cœur de la forêt dans le calme matinal, on a l’impression de commencer à l’écouter.
Mais cette impression est de courte durée car nous rencontrons de plus en plus de randonneurs ; d’abord isolés ou en petits groupes. La quiétude est interrompue par un brouhaha régulier qui s’évanouit entre 2 groupes.
Puis, soudain… c’est le choc : le chemin devient un large boulevard pavé sur lequel nous ne croisons plus des randonneurs solitaires, mais des dizaines, puis des centaines de personnes. De tous âges, en baskets et parfois en tongs (aïe), ils ont visiblement débarqué par cars entiers. Le brouhaha devient constant, parfois interrompu par des cris et des pleurs… A tel point que la symphonie des chants d’oiseaux mêlés aux clapotis de l’eau de la rivière et au murmure du vent, a totalement disparu.
Le contraste est brutal. Le choc aussi. Nous, avec nos sacs de 5 jours et notre toute relative odeur de « fauve » (nous n’avons pas pris de douche la veille, c’est dur pour le citadin que je suis), nous donne le sentiment d’être des explorateurs revenant d’une terre inconnue, pris au piège au milieu d’une foule du dimanche. Sauf qu’on est vendredi, au pont d’Espagne et hors vacances scolaires (d’ailleurs, je ne veux pas faire l’ours sauvage qui s’est habitué à être seul en pleine nature après 4 jours, mais… ils ne devraient pas être à l‘école, les enfants ?)
Le Lac de Gaube est vraiment magnifique, mais victime de son succès (je n’ose imaginer la fréquentation du lieu en plein été).
Nous accélérons le pas, fuyant un peu la cohue et en que rejoignons rapidement.

Nous arrivons au Pont d’Espagne (alt. 1496 m) à 10h45, soit 3h15 après avoir quitté le refuge des Oulettes de Gaube et 9 kms parcourus (pour 680 m de dénivelé négatif… oui, petit rythme ! en même temps, j’avais bien dit que nous n’avions pas super envie de partir).
Après ces 5 jours de marche, des milliers de mètres de dénivelé, des marmottes, des isards, des bouquetins, des passages de cols plus ou moins faciles, des lacs sublimes, un passage en Espagne et des levers de soleil inoubliables… Nous sommes emplis de joie et de satisfaction de retrouver la voiture constater que la boucle est bouclée !
Je passe rapidement à l’accueil pour dire que nous sommes rentrés saints et sauf (ils enlèvent le post-it), faisons une pose « technique », puis nous chargeons les sacs dans la voiture, changeons de chaussures (c’est pas super confort les chaussures de rando pour conduire…) et reprenons la route, direction Bordeaux.
Nous profitons d’une pause à Cauterets pour acheter des sandwichs (on approche de midi quand même… il commence à faire faim !), des spécialités locales : un gâteau à la myrtille, de la bonne charcuterie pyrénéenne et du miel (celui dégusté au refuge le matin même… un délice !).
Et pour conclure, je citerai Charles Wright (oui encore… mais son merveilleux récit « Le chemin des Estives » m’a accompagné en partie sur le chemin et l’écriture de cet article) dont l’extrait ci-dessous prend une saveur particulière et résonne pleinement en moi, après cette belle randonnée itinérante au cœur des Pyrénées :
« Pour moi, cette vie au seuil de l’instant me procure une allégresse continuelle. La joie crépite par tous les pores de ma peau. Les cellules de mon corps me font savoir qu’elles sont heureuses. (…). Elle opère une densification de l’être (…).
Pour me tenir à l’écoute des autres et du monde, j’ai besoin de solitude, de silence, de beauté, de la présence des bêtes, des arbres, de la nature. En une poignée de jours de plein vent, d’espaces et d’horizons, tout exulte en moi ».

Quelques Conseils pour préparer cette randonnée dans les Pyrénées, entre la France, l’Espagne et le Vignemale, au départ du Pont d’Espagne.
Informations Générales sur notre randonnée itinérante, en boucle depuis le Pont d’Espagne :
- Difficulté : Difficile. Sentier tracé, mais peu signalisé ; avec passages exposés et pas toujours de mains courantes.
- Durée : 5 jours (Aller-Retour).
- Distance : 61 kms.
- Altitudes : 1455 m (point de départ) à 2763 m (Altitude max)
- Dénivelé (D+) : 3400 m
- Quand : de début Juin (attention, il peut y avoir encore de la neige) à mi-octobre. Pont d’Espagne au Lac de Gaube : Très fréquenté en juillet & août.
- Point de départ/retour : Parking du Pont d’Espagne, en amont du village de Cauterets.
- Autres sites pouvant être utiles à consulter avant le départ :
- Les sites des refuges (à réserver en avance ; les liens sont précisés pour chaque refuge, dans l’article ci-dessus)
- Les sites de météo.
- Cartes recommandées : Carte IGN 1647 OT (Vignemale) & Carte Rando Éditions n°24 (Gavarnie-Ordesa).
Conseils pour cette randonnée itinérante, en boucle depuis le Pont d’Espagne :
- Prendre de l’eau (en plus du pique-nique).
- Je vous conseille d’ailleurs l’utilisation d’une super gourde : la Gourde Lifestraw. Elle vous permet de boire de l’eau de n’importe quel point d’eau, sans risque, grâce à son filtre qui élimine plus de 99,99 % des bactéries et autres protozoaires contenus dans des eaux non potables ; je l’ai utilisée à plusieurs reprises, dans différents points d’eau (sauf des flaques…) et n’ai eu aucun problème (en savoir plus sur cette gourde – pour être transparent avec vous, c’est un lien affilié ; vous ne payez pas plus cher, mais contribuez à récompenser cet article) :
- Vêtements à prendre entre Juin et Septembre : Short et T-shirt suffisent si le temps est beau (prévoir un de quoi se couvrir pour les passages à l’ombre), casquette et même maillot et serviette pour se baigner dans le lac. Sinon : pantalon léger, doudoune, coupe-vent (et le système des 3 couches).
- Prendre des chaussures de randonnée, tiges hautes, imperméables (passage de cascade) et membrane Vibram. Je vous conseille les Lowa Renegade (les miennes)
- Prévoir de la crème solaire.
- Respectez la nature, ne laissez aucune trace de votre passage : Prendre des sacs pour rapporter vos déchets.
- Bâtons de marche – franchement très utiles.
- Crampons
- Pêle à neige (avalanche)
- Comme une partie de cette randonnée se situe au sein du parc national des Pyrénées, des règles s’appliquent :
- Les chiens, même tenus en laisse, sont interdits sur le site.
- Interdiction de faire du camping, d’allumer des feux et le bivouac est réglementé.
- Interdiction de faire de la cueillette de plantes ou de rapporter quelconques minéraux ou fossiles.
- Interdiction de faire du VTT ou de rouler en voiture ou d’y faire du parapente.
- Les armes sont aussi interdites (pas de chasse donc)
- « Ni bruit ni dérangeant pour la quiétude de tous »…
- Vérifiez les conditions météorologiques avant de partir en montagne (Météo France, Meteoblue, La Chaine Météo).
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