Avant de “donner Malang au chat”, retour au Mont Bromo…

 

Selamat Malam (bonsoir) Ami Lecteur,

 

Comme je l’écrivais dans le billet précédent, la nature est vraiment très belle autour de Malang.

Et si les bords de mer offrent des paysages somptueux pour qui ose affronter les 2h30 de route, il y a d’autres paysages qui offrent eux aussi de belles surprises, en particulier : les volcans.

L’Indonésie s’étendant le long de la « ceinture de feu » du Pacifique, s’est donc tout naturellement que le catalogue des risques naturels va du tremblement de terre, en passant par les raz-de-marée, sans oublier les risques d’éruptions volcaniques. Car les volcans hissent les paysages de Java vers le haut.  

Malang est d’ailleurs bien entourée, car la petite ville de l’Est de Java est encerclée de 3 volcans : le Panderman, Arjuna et le Semeru, lequel possède plusieurs cratères dont le plus connu est le Mont Bromo.

Si les trecks dans les forêts à flancs des montagnes ou le long des routes rocailleuses sont possibles, d’autres ballades plus accessibles permettent de découvrir les beautés envoutantes de ces paysages uniques.

 

Ainsi, profitant d’une journée de repos, je suis retourné au mont Bromo, redécouvrir les joies du spectacle offert par le lever de soleil sur les sommets volcaniques de Java Est.

Bromo - lever du soleil
“Regarde, le jour se lève, dans la tendresse”
Peter et Sloane (oui, chacun ses références culturelles…)

 

« Retourné » et « redécouvrir », car c’est la deuxième fois en 2 ans et demi que j’ai le plaisir de contempler ces paysages aux couleurs et aux formes majestueuses.

Le soleil étant très matinal (lui…) – il se lève vers 4h30 – et compte tenu du fait qu’il faut compter entre 2 et 3 heures de routes (en incluant un changement de véhicule) et essayer d’arriver avant la foule pour se faire une « place au soleil », nous avons donc quitté l’hôtel à : minuit et demi !

(Inutile de dire que la nuit a été très très – oui, au moins 2 fois – courte…)

 

Donc me revoici à admirer le superbe spectacle du lever de soleil sur les cratères fumants de Java Est (il ne manque plus qu’à avoir en diffusion simultanée stéréo la musique d’ « Ainsi parlait Zarathoustra » de Strauss et le spectacle est complet).

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Alors que je pensais ne plus bénéficier de l’effet de surprise, je dois avouer que l’émerveillement demeure le même que la première fois

Et en prenant un peu de recul avec les évènements, et à mesure que les premiers rayons se détachent de l’horizon et déchirent le voile sombre de la nuit, j’ai clairement l’impression qu’il n’y a pas de hasard dans la vie, plutôt des séries d’opportunités à saisir (ou non) pour avancer !

C’est vrai en fait : un peu plus de 2 ans auparavant, je suis venu à Malang dans des conditions particulières (effectuer un séjour de « tourisme solidaire ») afin d’enseigner des bases d’éco-tourisme et d’accueil de visiteurs à une ONG locale et surtout en venant avec beaucoup de questions et peu de réponses… Sauf une, au retour : une furieuse envie de changer de carrière.

Changement qui me fait passer par un MBA en hôtellerie internationale, avant de me retrouver exactement au lieu d’origine du désir de changement et travailler dans le secteur du tourisme !
Plus j’y pense et plus je pense qu’il n’y a pas de coïncidence dans la vie et qu’il doit y avoir un vieux Monsieur barbu assis sur son nuage là-haut qui doit bien se marrer en me regardant évoluer dans ma nouvelle vie et mon nouvel environnement socio-culturel… 

– Ah, tu as voulu du changement ? Tu as voulu te challenger et sortir de ta zone de confort, loin de ta culture, tes repères et tes habitudes ?… OK, alors vu que tu as mis en oeuvre beaucoup d’énergie pour tout cela… Alors…. Tadaaaaa Cadeau ! Tu pars à Malang travailler dans un hôtel !

– Heuuuu, en fait, j’y pense là… Heu Singapour, c’est pas possible à la place ? Non, parce que je veux changer, mais là c’est un peu radical !

Non ? Bon bah ça sera Malang du coup…

Cependant, il parait que dans nos vies, Dieu a mis assez d’espérance pour combattre tous nos chagrins et que nous n’affrontons jamais d’épreuves que nous ne pourrions vaincreLa Création du Monde» de Jean d’Ormesson… c’est dense, mais très plaisant d’érudition) : alors bon, « inch allah » comme ils disent parfois ici aussi !

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Mais bon, comme « la vie c’est s’ouvrir aux autres, pas se refermer sur soi-même »  (Laurent Gounelle, dans “L’homme qui voulait être heureux” dont l’action se passe en Indonésie, ça vaut donc doublement le coup de le lire), alors allons a la rencontre des autres, de leur culture, comprenons leurs différences, pour mieux se rencontrer soi-même !

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Donc, tout ça pour dire (on tergiverse, on tergiverse, mais on oublierait l’essentiel : le récit) : alors que je pensais ne plus bénéficier de l’effet de surprise, je dois avouer que l’émerveillement est le même que la première fois : la nature a décidément un vrai talent pour nous en mettre plein les yeux ! Pour peu qu’on prenne le temps de l’apprécier…

 

 

Pour les plus curieux qui se demandent quelles sont les particularités de ce volcan sacré  sachez que le volcan culmine à 2392 mètres d’altitude, que son cratère, d’un diamètre de 800 mètres est profond de 200 mètres et qu’il est situé, avec 2 autres volcans (le Kursi et le Batok) dans une caldeira de dix kilomètres de diamètre, formant l’ancienne caldeira du « Tengger » (lieu qui a donné son nom à la tribu locale).

Ça donne un peu une idée de l’immensité du lieu…

 

Et pour mieux apprécier le spectacle, tout le monde se retrouve sur une plate-forme aménagée face aux sommets des volcans, sur le « Gunung Penanjankan », situé à quelques 2770 mètres… Autant dire qu’à 4 heures du matin et à cette altitude, il fait froid !

C’est la raison pour laquelle certains se regroupent pour se réchauffer… autour d’un feu qu’ils ont allumé sur la plate-forme d’observation !
Alors qu’au tout autour, ça se bouscule, ça parle fort et ça rigole.

Il faut donc venir tôt pour se faire une « place au soleil » (ou en tous cas une place pour le lever du soleil) !

Et en même temps, il faut dire que l’idée d’y venir un week-end incluant un jour férié n’est pas forcément la plus brillante : c’est (un peu) bondé de monde, la destination devenant très touristique, chacun voulant profiter de ce moment magique, quand le soleil vient dérober les dernières minutes de la nuit !

 

Et aux rigolades et discussions en toutes langues, font place des « oh » et « ah » d’admiration, quand le rideau de la nuit se lève et fait progressivement découvrir les formes des volcans d’abord incertaines, puis de plus en plus précises à mesure que le ciel prend vie et se teinte de couleurs rose, rouge, oranges et que la lumière succède à la pénombre.

Le mois d’avril étant encore marqué par une saison des pluies qui aime à jouer les prolongations, des superbes écharpes de nuages blancs enserrent le cou du volcan, dont la traîne recouvre le plateau et épouse les flancs des montagnes, comme la mer entoure le rivage, avant de se déverser dans la vallée en cascades cotonneuses. En dessous de cette étoffe blanche, les phares des voitures s’orchestrent en un ballet lumineux étonnant, qui donne l’impression d’être sorti d’un film de science fiction.

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Tout autour de nous, les enchainements des crêtes qui découpent l’horizon, s’éclairent à mesure que la lumière du soleil se précise et les sapins baignés de brume, s’amusent à dessiner sur leurs flancs des ombres fantomatiques.

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Et juste derrière le cratère fumant du Bromo, se dresse l’imposant Semeru qui crânement dépasse tout le monde, en culminant à 3676 mètres.

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Une fois les photos prises, et le monde un peu dispersé, nous reprenons le 4*4 pour accéder au centre du cratère. La route, d’abord sinueuse, étroite et parfois très raide – sur le flanc du volcan – débouche sur la « Laotian Pasir », une immense plage de sable noir qui compose la caldeira, offrant des paysages lunaires quasi absents de végétation.

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Au grès d’une course folle sur cette terre noire comme la nuit, le 4*4 trace son sillon et soulève un gros nuage de poussière noire (enfin, hors saison des pluies… là, c’est plutôt des sillons dans la gadoue), puis s’arrête à proximité d’un temple érigé à proximité du cratère. Une petite marche permet d’arriver au pied du cratère (ou pour ceux qui ont vraiment la flemme, il est possible de faire les quelques mètres en cheval).

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L’ascension jusqu’au sommet, d’où s’échappe une épaisse fumée, se fait assez facilement en prenant… un escalier d’un peu plus de 250 marches le long du cône !

La seule difficulté consiste à ne pas s’énerver parce que soit les gens n’avancent pas assez vite, soit vous bouscule quand vous voulez prendre une photo.

 

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“Pardon-excusez moi-pardon-je voudrais passer-pardon-excus…”
Pendant 250 marches !
Tiens, et si je prenais une photo ?

 

J’ai d’ailleurs remarqué une habitude bizarre : on n’a jamais envie de prendre de photos en même temps que les autres ! Ce qui fait que, au final, l’ascension se fait lentement, et en rythmes de marche irréguliers…

 

 

Une fois en haut, l’idéal est de s’extraire de la masse humaine (qui reste aux abords des escaliers) et d’arpenter l’étroit sentier qui borde le cratère, qui se réduit à mesure qu’on avance, offrant des points de vue impressionnants : d’un côté une pente raide vers au cœur du cratère et de l’autre une pente raide vers le contrefort du volcan.

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Autrement dit : que c’est beau !!!
Mais surtout : ne pas trébucher en marchant, ne pas trébucher en marchant, ne pas trébucher en marchant…

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Sylvain Tesson dans son livre “Dans les forêts de Sibérie” (il y raconte ses 6 mois passés dans la forêt, isolé dans une cabane en bois, en bord du lac Baïkal…) défend l’idée que les paysages sur la terre ont une mémoire. Ainsi, « une plaine agricole se souvient des angélus. Un champ de coquelicots des amours enfantines ».

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D’accord, mais alors avec une telle analogie, quelle est la symbolique pour les volcans et leurs terres sombres à l’approche du cratère encore fumant ? Se dressent-ils en métaphore des conflits meurtriers qui ponctuent l’histoire de l’humanité, ou au contraire sont-ils les acteurs, par leurs violentes éruptions et dans une alchimie unique avec d’autres éléments, de l’apparition de la vie, laquelle surgit des entrailles de la terre pour s’étendre sur la surface de la planète ?
Au final notre vie humaine, aussi importante qu’elle puisse nous apparaître, fait partie intégrante d’un grand tout face auquel on est si petit et dont la complexité n’a pas finie de nous surprendre. A tel point que la contemplation des volcans au petit matin appelle à l’humilité

 

 

J’en étais à peu près à ce niveau là de réflexion (comme quoi, j’aurais dû dormir la nuit d’avant…), alors que nous poursuivions notre excursion en direction du village de Ngadas (perché à 2140 mètres),  c’est-à-dire en contournant le cratère.

Le plus étonnant, c’est qu’en prenant ce chemin, les paysages désertiques de sable noir (et pourtant remplis de monde) laissent place à superbe une savane bien verte et fleurie (ça sent bon l’anis par endroits) et surtout délaissée des touristes. La transition n’en est que plus belle et saisissante : à peine croise-t’on quelques mobylettes et des vieux 4*4, mais plus de vagues de touristes.  

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La route en pierre qui serpente sur les flancs de la montagne date de l’époque coloniale hollandaise et sa maintenance semble dater à peu près de la même époque… Tout comme les suspensions de notre 4*4 ! La voiture bondissant joyeusement sur la piste, transmet ses soubresauts aux personnes de l’habitacle et met à l’épreuve les vertèbres. Et en l’absence de ceinture de sécurité, la poignée au plafond n’est finalement pas si inutile que ça.

 

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Et avant de prendre un café à Ngadas, accueillis par la famille chez qui j’avais logée 2 ans et demi plus tôt (et qui se souvenait de moi !), nous faisons une petite halte « petit-déjeuner-pic-nic » sur une arrête verdoyante offrant un panorama spectaculaire sur les contreforts du Bromo, que les nuages sont tentés de recouvrir.

Et surtout : il n’y a personne autour (à peine est on troublé par quelques lointains bruits de mobylettes) !

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Et quelques années après ma première venue, force est de constater que les environs de Ngadas sont toujours aussi splendides, entourés de nuages qui réservent leurs lourdes pluies pour la vallée.

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Et dans ce paysage blafard, les coteaux sur lesquels s’affairent les villageois donnent l’impression que les flancs des montagnes sont recouverts d’un tapis en patchwork multicolore au gré des cultures pratiquées.

 

 

 

Mais si les environs de Malang dévoilent des paysages naturels sublimes, on peut aussi découvrir un héritage culturel intéressant.

Ainsi, à une petite demi-heure de route, le temple de Candi (prononcez « tchandi ») Sumber Awan offre une ballade à la fois culturelle et superbe.

En fait de temple, il s’agit d’un petit « stupa », situé en pleine foret au pied du « Gunung Arjuna ».

Il fut érigé pour commémorer la visite du grand roi de Majapahit, Hayam Wuruk, en 1359.

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Le stupéfiant stupa est situé à « plus ou moins 400 mètres » en retrait de la route (tel que l’indique le panneau de direction).

 

Et pour y accéder, il faut longer de superbes paysages, assez étonnants par leur composition hétéroclite. En effet, les rizières en terrasse dans lesquelles les paysans piquent, repiquent, ramassent le riz dans l’eau marron, ou labourent avec les bœufs ou encore en consolident le terrassement, sont entourées de petites forêts de bambous, des bananiers et aussi de pins (on se croirait presque dans les Landes).

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Alors que l’on remonte un étroit chemin (juste assez large pour marcher à deux… mais ça se complique quand on croise un Indonésien sur sa mobylette chargée de longues tiges de riz), le long d’une petite rivière qui serpente à flanc de colline et permet d’alimenter en eau les rizières, on s’étonne du spectacle offert : ici un jeune entrain de laver son scooter, là bas des femmes qui font leur lessive, un peu plus loin un homme et ses enfants entrain de se laver…

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L’ingéniosité a d’ailleurs poussé les habitants du coin à créer des toilettes : une cabane au dessus du ruisseau, 2 planches pour tenir en équilibre et ce qui faut d’espace entre les planches pour laisser vider le trop plein de sa vessie ou de ses intestins, que l’on voit disparaitre emporté par le courant de l’eau.

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Et un peu plus loin des enfants s’esbaudissent dans le cours du ruisseau (tout habillés ou non), s’éclaboussent, crient, rient, et saluent à tout va les passants (surtout les touristes)…

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Il n’y a rien de plus contagieux que la joie des enfants quand ils jouent de bon gaîté de cœur, à fortiori dans un lieu aussi charmant et en brisent à peine la quiétude, voir ajoutent un peu de merveilleux !

 

 

On pourrait presque croire l’endroit habité de créatures magiques, dont le seul but est d’apporter un autre regard sur les paysages, car au-delà de la pénibilité du travail dans les rizières (je pense sincèrement que c’est un des boulot les plus pénible au monde… à moins que ce soit conducteur de TGV… faudra que je demande à un cheminot français !), il règne ici une atmosphère de douce quiétude et de gaieté qui semble avoir contaminé tout le monde.

Ces mêmes créatures que Sylvain Tesson (dans son excellent ouvrage « Petit traité sur l’immensité du monde ») a en projet de réhabiliter, pour ré-enchanter le monde qui nous entoure, afin de le contempler avec « des nouveaux yeux, rafraîchis par la certitude shakespearienne qu’il est plus de merveilles en ce monde que n’en peuvent contenir tous nos rêves ».

 

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“Araignée grise,
Araignée d’argent,
Ton échelle exquise
Tremble sous le vent”.
Madeleine Ley

 

Et donc afin de “donner Malang au chat” : je quitte Java pour une autre île, un peu plus à l’est : Bali, l’île “préférée des Dieux” !

Je change, oui, mais enrichi de fortes expériences tant personnelles que professionnelles.

Une nouvelle île, un nouveau départ, un nouveau challenge, dans une nouvelle culture (chaque île a son identité propre), une nouvelle façon de vivre avec de nouvelles expériences et rencontres en perspectives…

« La vie c’est s’ouvrir aux autres, pas se refermer sur soi-même » !

 

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2 commentaires

  1. Merci pour ce magnifique descriptif qui donne une seule envie: découvrir les Lieux !
    La prochaine reconversion ( s’il doit y avoir) est toute trouvée: écrivain !
    Bonne route vers Bali

    1. Bonjour et merci beaucoup pour vos voeux et pour votre commentaire qui fait vraiment plaisir.
      Je suis ravi que l’article vous ait plu… A
      À bientôt pour le suivant !

      Pidjay

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